Depuis plusieurs semaines, le rapport Alloncle sur l’audiovisuel public agite la classe politique française. Porté par le député UDR Charles Alloncle, ce document de près de 400 pages, fruit de quatre mois d’auditions sous haute tension, a finalement été adopté en commission d’enquête par 12 voix contre 10, après un vote serré et des débats houleux. Mais derrière les chiffres et les procédures, c’est bien un scandale politique qui se cache.
Le rapport, dont la publication était attendue comme un coup de tonnerre, propose des mesures radicales : suppression de France 4 et de Mouv’, fusion de France 2 et France 5, et surtout, des économies drastiques à hauteur d’un milliard d’euros, soit un quart du budget alloué par l’État à l’audiovisuel public. Des propositions qui ont immédiatement suscité l’indignation de la gauche et des défenseurs du service public, mais aussi des divisions au sein même de la majorité présidentielle.
Le vote en commission a été marqué par des tensions extrêmes. Les députés macronistes se sont abstenus, tandis que les élus RN, LR et quelques divers droite ont soutenu le texte. Le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, dont la voix a été décisive, a justifié son choix en déclarant vouloir que « les Français puissent juger des méthodes de l’extrême droite et de la manière dont Charles Alloncle porte des accusations graves envers des personnes ». Une déclaration qui en dit long sur l’ambiance électrique régnant autour de ce rapport.
Mais le vrai scandale réside peut-être dans la méthode. La commission d’enquête a été qualifiée de « fiasco » par plusieurs observateurs, avec des auditions spectaculaires et des « tentations inquisitrices » de la part du rapporteur. Certains y voient une instrumentalisation politique de l’audiovisuel public, un moyen de fragiliser des médias perçus comme trop critiques envers la droite et l’extrême droite.
La publication du rapport, prévue pour le 4 mai 2026, promet de relancer les polémiques. Les 80 recommandations de Charles Alloncle, si elles étaient appliquées, bouleverseraient le paysage audiovisuel français. Mais au-delà des aspects techniques, c’est la crédibilité même de l’Assemblée nationale qui est en jeu : comment une commission d’enquête peut-elle devenir le théâtre d’affrontements partisans, au mépris de l’intérêt général ?
Une chose est sûre : le rapport Alloncle ne laissera personne indifférent. Et si son contenu divise, la manière dont il a été élaboré et adopté interroge sur l’état de notre démocratie.