À l’intérieur de Ravensbrück le camp nazi pour femmes le plus horrible

À quatre-vingts kilomètres au nord de Berlin, au bord du lac de Fürstenberg, se cache l’un des lieux les plus sinistres de l’histoire européenne. Derrière les arbres et les façades paisibles d’une petite station balnéaire d’antan, le régime nazi a ouvert en mai 1939 un camp unique en son genre : Ravensbrück, le seul grand camp de concentration réservé presque exclusivement aux femmes.

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Plus de 130 000 détenues y furent enfermées entre 1939 et 1945 : résistantes françaises et polonaises, Juives, Tziganes, témoins de Jéhovah, prostituées, opposantes politiques, prisonnières soviétiques. Environ 40 000 d’entre elles y laissèrent la vie. La France paie un lourd tribut : près de 8 000 Françaises y furent déportées, parmi elles Germaine Tillion, ethnologue, et Geneviève de Gaulle, nièce du Général. Leur témoignage fera connaître en France l’enfer de Ravensbrück.

L’enfer commence dès l’entrée : crânes rasés, uniformes gris, numéros cousus, appels interminables dans le gel ou sous la pluie. Les conditions de vie sont d’une brutalité impensable : faim chronique, épidémies de typhus, coups des surveillantes, au premier rang desquelles certaines gardiennes deviennent tristement célèbres pour leur cruauté. Le camp compte jusqu’à 5 000 gardiennes, dont beaucoup sont ensuite condamnées lors des procès de Hambourg (1946-1948).

L’horreur atteint son sommet avec les expériences médicales. Sur des jeunes Polonaises surnommées les « lapins », les médecins du camp pratiquent des opérations atroces : greffes osseuses, infections volontaires de gaz gangreneux, stérilisations forcées. Certaines survivent pour témoigner ; beaucoup meurent dans d’indicibles souffrances.

À partir de 1942, la machine s’accélère. Les exécutions se multiplient, la crémation fonctionne sans relâche, et en 1944, une chambre à gaz est construite : environ 6 000 femmes y sont assassinées, principalement des déportées juives, tziganes et soviétiques. À la même période, des sous-camps, dont Siemens utilise la main-d’œuvre, se multiplient autour de Berlin : Ravensbrück devient un centre de l’économie de guerre nazie.

Face à la mort programmée, les femmes inventent des gestes de vie. Elles échangent des poèmes appris par cœur, fabriquent clandestinement des talismans, organisent des réseaux d’entraide entre « nations » un mot qu’elles utilisent pour désigner les groupes de déportées. Des notices médicales cachées, des photos détournées, des lettres codées : chaque trace de dignité volée au système devient une victoire.

Fin avril 1945, avec l’approche de l’Armée rouge, le Reich vacille. Le 30 avril 1945, les soldats soviétiques libèrent le camp, largement vidé par les marches de la mort et par l’action conjointe du comité international de la Croix-Rouge et de la comtesse suédoise Folke Bernadotte qui ont fait évacuer vers la Suède des milliers de détenues. Des milliers d’autres sont mortes d’épuisement sur les routes.

Aujourd’hui, le mémorial de Ravensbrück, fondé en 1959 en Allemagne de l’Est, accueille les visiteurs sur les traces des baraquements disparus. Un lieu où le silence pèse plus lourd que les mots, et où la mémoire des 130 000 femmes doit continuer d’être transmise, contre l’oubli, contre la haine, contre le retour des ténèbres.

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