Six étudiants, une route déserte de Californie, un pneu qui éclate. Rien d’anormal, pensez-vous ? Détrompez-vous : ce pneu n’a pas crevé par hasard. Quelqu’un, tapi dans les collines, vient de leur tirer dessus et il ne compte pas s’arrêter là. Bienvenue dans Downrange, le survival-horreur de Ryûhei Kitamura, un petit film furieux qui transforme une crevaison en cauchemar de quatre-vingt-dix minutes.
L’histoire tient en trois lignes, et c’est précisément ce qui fait sa force. Une bande de jeunes en covoiturage s’arrête pour changer une roue. À peine le cric posé, une première balle claque. Puis une deuxième. Le ton est donné : le tireur est invisible, patient, et la voiture, cette coquille de métal censée les protéger, vient de devenir leur seule cachette et leur cercueil potentiel.
Kitamura, le cinéaste japonais culte derrière Versus et Midnight Meat Train, ne s’embarrasse d’aucune préparation psychologique. Pas de longues présentations, pas de message caché : un huis clos à ciel ouvert, un chat et une souris sans pitié, et un gore généreux qui assume pleinement la série B. Crânes transpercés, membres arrachés, hemoglobine à gogo : les effets pratiques, volontairement cradingues, font mouche et rappellent l’école du cinéma artisanal.
Le vrai plaisir du film, c’est de voir ces jeunes proies, plus dégourdies que la moyenne du genre, calculer l’angle de tir du sniper, improviser des diversions et se servir de ce qu’ils ont sous la main : téléphone, haillons, reste de voiture. Chaque tentative d’évasion devient un suspense en soi, chaque silhouette qui traverse le cadre une cible potentielle. La tension ne retombe quasiment jamais, la faute à une mise en scène qui réussit le pari de dynamiser trente mètres carrés de bitume.
Évidemment, le film a ses limites : des acteurs inégaux, un scénario minimaliste et un tueur muet dont on ne saura jamais la motivation. Mais avouons-le : on s’en fiche un peu. Downrange ne prétend pas refaire le cinéma d’hitchcockien de suspense, il veut vous faire sursauter, grinçer et rire nerveusement et il y parvient avec une jubilation contagieuse.
La fin, nihiliste jusqu’au bout, offre même un pied de nez grinçant sur l’Amérique des armes à feu, façon cerise sanglante sur le goret.
Verdict ? Un exercice de style méchant, tendu et sanglant, parfait pour une soirée entre amateurs de survival sans fard. Prenez une roue de secours avant de le lancer au cas où.