Depuis le 16 mars 2026, la cour d’appel de Paris examine de nouveau l’affaire du financement libyen présumé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Ce procès, qui doit s’achever le 3 juin 2026, place l’ancien président face à des accusations graves : association de malfaiteurs et réception de fonds illicites en provenance du régime de Mouammar Kadhafi. Condamné en première instance à cinq ans de prison ferme, Sarkozy tente désormais de renverser ce verdict, mais sa défense semble affaiblie par les contradictions internes et les témoignages accablants.
Au cœur du débat : un dîner à Tripoli le 25 juillet 2007, au lendemain de la libération des infirmières bulgares, où Sarkozy aurait, selon Claude Guéant, son ancien bras droit, donné des instructions pour régler la situation judiciaire d’Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi. Guéant, condamné à six ans de prison, affirme que Sarkozy lui aurait lancé un « Claude, voyez cela ». Une phrase que l’ex-président conteste catégoriquement, qualifiant cette version des faits d’« invraisemblable » et d’« insultante » pour son intelligence. « Est-ce qu’on me prend pour un imbécile ou un fou ? », s’est-il emporté lors de son interrogatoire le 29 avril 2026.
Les tensions entre les deux hommes sont palpables. Guéant accuse Sarkozy d’avoir menti en prétendant ignorer les négociations menées en son nom avec le régime libyen. De son côté, Sarkozy martèle qu’« il n’y a pas eu le moindre pacte » et qu’il compte le répéter « jusqu’à son dernier souffle ». Pourtant, les magistrats soulignent les incohérences dans ses déclarations, notamment sur ses voyages en Libye en 2005 et 2007, où des discussions secrètes auraient eu lieu sous une tente avec Kadhafi, en présence d’interprètes et de caméras.
La défense de Sarkozy s’appuie sur l’absence de preuves directes d’un transfert d’argent. Cependant, le parquet national financier (PNF) a fait appel pour l’ensemble des prévenus, sauf pour le Saoudien Ahmed Bugshan. Plusieurs collaborateurs de Sarkozy, comme Thierry Gaubert ou Brice Hortefeux, ont déjà été condamnés, renforçant l’idée d’un système organisé. L’enjeu est de taille : si la condamnation est confirmée, Sarkozy pourrait retourner en prison, alors qu’il vient à peine d’en sortir après sa libération en novembre 2025.
Ce procès en appel révèle aussi les failles d’une stratégie de défense basée sur la négation pure et simple. Les échanges tendus entre Sarkozy et Guéant, ainsi que les éléments matériels (courriels, témoignages) présentés par l’accusation, rendent la tâche ardue pour les avocats de l’ancien président. Alors que la fin des débats approche, une question persiste : les contradictions et les zones d’ombre suffiront-elles à convaincre les juges de son innocence ?