Il y a des films qu’on regarde, et d’autres qui vous prennent par le col. Marty Supreme fait clairement partie de la deuxième catégorie. Porté par un Timothée Chalamet méconnaissable et dirigé par Josh Safdie — en solo pour la première fois, lui qui réinventait déjà le cinéma avec son frère Benny sur Good Time et Uncut Gems — ce drame haute tension plonge dans le New York des années 1950, là où l’ambition frôle toujours la casse.
Un héros brisé dès le départ
Oubliez le jeune premier lisse des affiches. Ici, Chalamet devient Marty Mauser : vingt-trois ans, vendeur de chaussures dans la boutique de son oncle, et arnaqueur de génie autour des tables de ping-pong du Lower East Side. Un gamin à l’orgueil démesuré, persuadé que le titre mondial lui tend les bras. Pour prouver au monde que rien ne lui est impossible, ce goujat charmant est prêt à tout : mentir, escroquer, voler sa propre famille, bafouer ceux qui l’aiment. Une jeunesse qui se brise à petit feu, un garçon sacrifié sur l’autel de la gloire — voilà le cœur battant de ce drame fiévreux, librement inspiré de la vraie vie du champion américain Marty Reisman, le prodige new-yorkais de la petite balle blanche.
Safdie en électricien du cinéma
Josh Safdie ne fait jamais dans la dentelle, et tant mieux. Le film file à cent à l’heure, mêle drame social et digressions romanesques, saute des appartements miteux du quartier juif jusqu’à un match final à Tokyo. Gwyneth Paltrow, resplendissante dans un rôle de femme blessée, et Odessa A’zion complètent un casting haut volage aux côtés de Fran Drescher et d’Abel Ferrara. La musique de Daniel Lopatin pulse, la caméra tremble, le montage vous tient en haleine : c’est vertigineux, parfois déroutant, mais jamais indifférent.
Chalamet au sommet de son art
La critique l’a répété en chœur : c’est peut-être le rôle de sa vie. Légèrement enlaidi, le regard à la fois dur et fragile, Chalamet efface toute trace de doute pour incarner ce striver de midi-siècle — un anti-héros détestable et fascinant, Monstre de charisme à l’écran. Après deux nominations aux Oscars pour Call Me By Your Name et A Complete Unknown, la statuette lui tend enfin les bras, et on comprend pourquoi.
Un drame sur l’obsession
Sous la surface d’un film de sport, Marty Supreme raconte quelque chose de plus profond : le prix de la réussite, l’étau de la famille, la folie douce de ceux qui refusent leur condition. « Il faut savoir perdre pour mieux gagner », glisse le film. Mais pour Marty, chaque victoire arrache un morceau de ce qu’il reste de son âme.
Une jeunesse brisée, un rêve démesuré, un acteur en état de grâce : Marty Supreme est ce drame qui vous tient au bord de la table — et vous ne verrez plus le ping-pong de la même manière.