Il y a des sketches qui traversent le temps comme une chanson qu’on ne s’est jamais lassé de siffler. « J’ai encore rêvé d’elle » en fait partie. Et quand deux générations d’humoristes se retrouvent sur la même scène pour le même amour du burlesque, ça donne un moment de télé rare, de ceux qu’on reregarde en boucle le sourire aux lèvres.
Reprenons depuis le début. À l’origine, il y a une chanson : « J’ai encore rêvé d’elle », le tube de 1975 du groupe Il était une fois, écrit par Richard Dewitte et Serge Koolenn, vendu à plus d’un million d’exemplaires en quelques semaines. Une ballade lyrique, sans refrain, où un drap se souvient d’un rêve. Romantique à en faire rougir un adolescence.

Puis il y a les Frères Taloche, Bruno et Vincent Counard, deux Verviétois devenus légende de l’humour belge. Leur génie ? Avoir pris cette chanson à la fois très au sérieux et complètement à la dérive : une version mimée, burlesque, sans un mot, où chaque note de musique devient un geste, une chute, une mimique. C’est le sketch qui les a révélation en 1992 à la télévision belge, et qui n’a plus jamais quitté leur scène ni nos mémoires.

En décembre 2012, au Montreux Comedy Festival, les Taloche fêtent leurs 20 ans de carrière. Pour leur rendre hommage, deux jeunes pousses de l’humour français montent sur scène : Arnaud Tsamère et Jérémy Ferrari. Leur idée est simple et douce : reprendre « J’ai encore rêvé d’elle »… avant de faire entrer les Taloche eux-mêmes. La passerelle entre deux générations se joue en mime, en complicité, en cramponnage de micro et en regards désespérés : tout le vocabulaire des maîtres, revisité avec un respect palpable et un sens du ridicule parfaitement maîtrisé.

Le public, lui, ne demande qu’une chose : que ça ne s’arrête jamais. Et en octobre 2013, on remet le couvert au grand gala télévisé du Festival International du Rire de Liège (Voo Rire), au Forum de Liège. Tsamère et Ferrari replongent, toujours avec les Frères Taloche en invités surprise. Le sketch fonctionne une seconde fois exactement comme la première : c’est-à-dire à merveille.

Ce qui rend cette performance si attachante, c’est qu’elle dit quelque chose de l’humour francophone : les blagues passent, les modes aussi, mais le burlesque bien exécuté, lui, est intemporel. Les Taloche n’ont jamais eu besoin d’un grand texte pour faire rire : un corps, un visage, et la machine est lancée. Et voir deux humoristes de la génération stand-up, plus portés sur le verbe, s’incliner devant cet art du geste, c’est un peu comme voir des rappeurs reprendre un standard de jazz : la preuve que le fond respecte toujours la forme.

Alors si vous ne connaissez pas ce moment, offrez-vous ces quelques minutes de pur bonheur. Remettez le son, laissez-vous porter par la voix de Joëlle Mogensen et Richard Dewitte, et regardez quatre hommes transformer une chanson d’amour en symphonie de grimaces. Vous risquez : comme le dit la chanson d’y repenser encore le soir, au moment de fermer les yeux.
Et vous, vous aviez déjà vu ce sketch ? Dites-le-nous en commentaire !