Quand la nuit tombe sur Londres, ce ne sont pas seulement les lampadaires qui s’allument et ce sont les appétits. Dans ce film d’horreur british au suspense bien tenu, la capitale anglaise devient le terrain de chasse d’une confrérie de vampires bien décidée à placer la ville sous sa loi. Exit les châteaux brumeux et les capes dramatiques : ici, les crocs se cachent derrière des costumes sur mesure, et le sang coule dans les clubs et les ruelles de l’East End.
L’intrigue démarre comme un polar de gangsters. Freddy « Dead Cert » Frankham, caïd charismatique à la réputation solide, gère son nightclub londonien d’une main de fer, entre affaires louches et loyautés de clan. Mais un soir, un mystérieux et élégant étranger, Dante Livenko, débarque et remporte la propriété du club lors d’une partie de cartes aussi trouble que truquée. Très vite, Freddy comprend que son adversaire n’est pas un simple malfrat de plus : c’est un vampire ancien, et il n’est pas venu seul. Derrière cette manœuvre apparemment anodine se cache un plan bien plus vaste et rien moins que la prise de contrôle du milieu londonien, puis de la ville entière, par les créatures de la nuit.
C’est tout le sel du film : le choc de deux mondes qui se croyaient chacun maître du jeu. D’un côté, des gangsters durs à cuire, armés jusqu’aux dents et persuadés que tout s’achète ou se prend. De l’autre, des prédateurs immortels, patients, organisés, qui voient dans le crime organisé la couverture parfaite pour étendre leur empire dans l’ombre. Pour Freddy et son gang, commence alors une lutte sans merci où les balles ne suffisent plus, et où chaque nuit passée à défendre leur territoire les rapproche un peu plus de leur propre damnation.
Réalisateur Steven Lawson signe ici un croisement nerveux entre film de gangsters et horreur gothique, porté par le charisme rugueux de Jason Flemyng et la présence glacialement inquiétante de Steven Berkoff en vampire patriarche. Le film ne s’embarrasse pas de longues chevilles : il avance, mord, et ne lâche plus. L’ambiance sombre et les paysages nocturnes d’un Londres pluvieux font le reste, installant une atmosphère de paranoïa où personne : ni allié, ni rival, ne peut être tout à fait tranquille une fois le soleil couché.
Ce qui rend l’histoire efficace, c’est son postulat simple et diablement parlant : que se passe-t-il quand les pires monstres de la pègre rencontrent de vrais monstres ? Des hommes qui ont passé leur vie à inspirer la peur découvrent ce que c’est d’avoir peur à leur tour et un retournement savoureux, traité avec un humour noir bien dosé et quelques scènes d’action goûteuses pour les amateurs de morsures et de fusillades.
Bref, si vous aimez les vampires qui sortent des sentiers battus, les histoires de territoire où le crime s’habille de crocs, et les nuits londoniennes qui sentent le soufre, ce film complet est fait pour vous. Installez-vous, éteignez les lumières — de toute façon, dans Londres occupé, c’est eux qui décident du jour et de la nuit.
Bonne séance, et méfiez-vous des joueurs de cartes trop polis…