Saigner tous les mois : GiedRé

Il y a des sujets dont on ne fait pas des chansons. Le deuil, la solitude, les règles… et pourtant, GiedRé a décidé de prendre le contre-pied de tout ça, guitare en main et sourire en coin. Dans « Saigner tous les mois », l’autrice-compositrice franco-lituanienne s’attaque à un tabou bien installé : les menstruations, ce rendez-vous mensuel que la moitié de l’humanité subit et dont l’autre moitié parle à voix basse, quand elle en parle.

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Le titre plante le décor sans fard et c’est le cas de le dire. Pas de périphrase pudique, pas de « cette période du mois » murmurée dans les pubs de serviettes hygiéniques aux liquides bleus. Non : on saigne. Tous les mois. Point. D’entrée, GiedRé choisit la frontalité, et c’est précisément là que l’artifice comique opère. Car chanter les règles sur un ton de complainte tragique, avec cette voix faussement naïve qui a fait sa signature, c’est transformer l’inconfort en rire, et le rire en réflexion.

Pour qui connaît la demoiselle, rien d’étonnant. Née à Vilnius en 1985, passée par le cours Florent et l’ENSATT, GiedRé a fait de l’humour noir une marque de fabrique. Ses chansons balancent entre fausse candeur et cruauté assumée, avec une irrévérence qui rappelle que les meilleurs humoristes sont souvent ceux qui posent des sujets qui fâchent sur une mélodie douceâtre. Ici, le procédé est à son comble : une guitare légère, des tournures poétiques, et dedans, un sujet que des générations de chansons françaises ont soigneusement évité.

Et c’est peut-être ça, la force de « Saigner tous les mois » : la chanson décrispée d’un truc qu’on n’ose pas dire. Entre autodérision et manifeste involontaire, le morceau fait ce que fait tout bon humour noir : il vous fait rire d’abord, réfléchir ensuite. La différence entre le grave et le graveleux tient à un fil, et GiedRé le marche avec un aplomb de funambule. On rit, on grimace, on se reconnaît ou on reconnaît les personnes chères qui, chaque mois, affrontent douleurs, sautes d’humeur et comptes en pharmacie.

Bien sûr, tout le monde ne se tordra pas de rire. L’humour noir a toujours eu ses détracteurs, ceux qui estiment qu’il y a des sujets qu’on ne touche pas. Mais c’est justement le rôle des artistes comme GiedRé : pousser la porte des pièces interdites, allumer la lumière, et remarquer avec un sourire que, finalement, la chose n’est ni sale ni honteuse et simplement humaine, et un brin ridicule dans son déroulement.

Alors oui, « Saigner tous les mois » n’est pas la chanson qu’on passe à la dernière-olonnade de mariage. Mais c’est celle qu’on écoute en boucle avec un sourire gêné-joyeux, celle qu’on envoie à une amie qui râle contre son cycle, celle qui prouve qu’on peut chanter absolument tout, à condition d’avoir de la verve, de la nuance et un sens du second degré taillé à la hache.

En bref : GiedRé saigne tous les mois sur l’autel de l’humour noir, et le public, lui, se régale. Mission accomplie.

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