Prises de tête : La chronique de François Rollin

Il y a des jours où je me demande si l’intelligence artificielle n’est pas en train de nous faire une blague. Une grosse blague, du genre de celles qu’on raconte entre deux verres de vin, en se disant : « Attends, tu vas voir, ils vont tous y croire. » Et nous, les humains, on y croit. On y croit dur comme fer.

Prenez les chatbots, par exemple. Ces petits génies en boîte qui promettent de révolutionner notre quotidien. « Demandez-moi n’importe quoi, je sais tout ! » Sauf que quand vous leur demandez comment cuire un poulet sans le brûler, ils vous sortent une recette pour un gâteau au chocolat. « Désolé, j’ai mal compris. » Bien sûr. Comme si c’était nous les incompétents.

Et puis il y a les algorithmes de recommandation. « Puisque vous avez aimé Titanic, vous adorerez Shrek 47 ! » Merci, Netflix, pour cette suggestion ultra-personnalisée. J’adore me sentir compris. Surtout quand, après trois heures de scroll, je me rends compte que je viens de regarder la bande-annonce d’un film sur des pommes de terre qui dansent la salsa. « Parce que vous avez regardé Ratatouille il y a six ans. » Évidemment.

Le pire, c’est qu’on s’y habitue. On finit par trouver normal de parler à son frigo pour qu’il commande du lait, ou de demander à son aspirateur robot de ne pas avaler le chat. « Désolé, je n’ai pas compris la requête. » Non, mais c’est toi qui as avalé le chat, Siri !

Et les promesses, toujours les promesses. « L’IA va sauver la planète ! » Super. En attendant, elle nous sauve surtout du temps… pour le passer à corriger ses conneries. « Non, je n’ai pas demandé un résumé de Guerre et Paix en emojis. » « Voici 17 000 pages de smileys. » Merci, c’est exactement ce dont j’avais besoin pour mon mémoire de fin d’études.

Alors oui, l’IA est formidable. Elle écrit des poèmes, compose de la musique, et peut même vous dire quel filtre Instagram utiliser pour ressembler à un influenceur brésilien. Mais ne nous y trompons pas : au fond, elle nous prend pour des cons. Gentiment. Avec le sourire. Et nous, on dit merci.

Parce qu’au final, le vrai délire, ce n’est pas l’IA. C’est nous. Des humains prêts à croire que la machine sait mieux que nous ce qu’on veut. Alors, la prochaine fois que votre GPS vous fera faire un détour de 50 km pour éviter un bouchon… souvenez-vous : le vrai bug, c’est pas lui. C’est vous.

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