Pendant 20 ans il a humilié les flics : Jacques Mesrine

Il y a des hommes que la police arrête. Et il y en a d’autres qu’elle poursuit sans jamais vraiment toucher. Jacques Mesrine, c’est le cauchemar de la police française pendant deux décennies : braqueur brillant, roi de l’évasion, caméléon à cent visages, l’« homme aux mille visages » qui a transformé sa cavale en un spectacle dont toute la France était spectatrice.

baladez vous a dos de sauriens
De Clichy à l’ennemi public numéro 1

Né en 1936 à Clichy d’une famille bourgeoise et aimante, Mesrine n’est pas un enfant de la misère. C’est pendant la guerre d’Algérie, où il sert comme parachutiste et pratique la torture sur des prisonniers, que quelque chose se brise. De retour en France, il plonge dans le milieu, les braquages, les armes. Et très vite, il devient incontrôlable.

En 1962, c’est l’ouverture d’une guerre personnelle contre les « keufs » un mot qu’il martèle lui-même dans ses mémoires, L’Instinct de mort. Braquages à la chaîne, en France, au Canada, aux États-Unis, à Cuba. Un périple criminel digne d’un roman d’aventures, sauf que les billets sont vrais et les balles aussi.

Un artiste de l’évasion

Ce qui rend Mesrine unique, ce n’est pas la violence. C’est le style. En 1972, il s’évade du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul au Québec avec un escalier de corde dérobé aux ouvriers du site, en pleine tempête, sous les balles des gardiens. Une scène de film, improvisée dans la boue.

En 1978, direction la prison de la Santé à Paris : un mur d’enceinte franchi avec un complice, sous le nez des mitraillettes des surveillants. La République encaisse, la presse s’arrache « l’homme aux mille visages ». Mesrine, lui, se pavane, donne des interviews à visage découvert, joue au gentleman bandit qui n’attaque « que » les banques, jamais les gens. Un folklore dangereux, une légende dorée qu’il cultive avec un talent de communicant avant l’heure.

Il ira même jusqu’à enlever le baron Émpain en 1978 et petit-fils de l’illustre industriel, en demandant une rançon de 80 millions de francs. L’humiliation est totale : ni les RG, ni le GIGN ne parviennent à le coincer.

La fin au tournant du coin

Mais la fête ne dure jamais. Traqué par la police, dénoncé, infiltré, Mesrine sent le filet se resserrer. Le 2 novembre 1979, à la porte de Clignancourt, en plein Paris, sa BMW est bloquée par un camion benne. Les hommes du RAID emboutissent son véhicule et l’abattent de vingt et une balles. Vengeance, exécution, légitime défense ? Les questions font encore couler de l’encre.

Près d’un demi-siècle plus tard, Mesrine reste une figure ambiguë : l’ennemi public romantique pour certains, un criminel violent et sans scrupules pour les autres. Mais une chose est sûre : pendant vingt ans, il a fait de la police française une troupe de supporting actors dans son propre film.

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