Il y a des dimanches soirs où l’actualité dérape, et d’autres où c’est elle qui vous met une batte de baseball dans les mains. Dimanche 4 octobre, dans « La Dernière » sur Radio Nova, Aymeric Lompret a choisi son camp : celui du rire qui grince, face à une image devenue trop familière des lycéens face à des CRS. Le genre de face-à-face qu’on aurait préféré ne voir qu’en archive jaunie, et qui pourtant défile en boucle sur nos écrans.
Quand les cours de récré deviennent des lignes de front
Comprenez-nous bien : la scène est absurde. D’un côté, des ados dont la plus grande arme est souvent un hoodie mal fermé et une envie de changer le monde entre deux contrôles de maths. De l’autre, des rangs de casques et de boucliers, chargés de « maintenir l’ordre » devant des grilles de lycée. Si un scénariste avait proposé ça à une série télé, on l’aurait renvoyé chez lui pour excès de manichéisme. La réalité, elle, n’a pas besoin d’un script — elle fait toujours plus fort.

C’est précisément là que Lompretr plante ses billes. Le chroniqueur de Nova a ce don rare : prendre une colère collective, la faire passer à la moulinette de son humour mêlé d’humanité, et en sortir quelque chose qui fait à la fois hurler de rire et serrer la gorge. Ses chroniques précédentes l’avaient déjà montré : l’humoriste avouait volontiers que « les manifs, ça lui fait peur », racontant sa panique de manifestant peu rassuré, ses stratégies de fuite digne d’un homme traqué par un parking de motards. Alors évidemment, quand l’actualité décide d’envoyer les CRS aux portes des lycées, l’homme qui ne met jamais les pieds dans un cortège a de quoi avoir des choses à dire sur ceux qui y mettent des grenades.
L’humour comme bouclier, l’ironie comme nasse
Ce qui frappe chez Lompret, c’est son refus de la pose indignée. Là où d’autres enfilent les tracts comme des perles, lui préfère la fausse naïveté, le faux pas tranquille du gars qui observe le monde comme un zoo dont il aurait perdu le plan. Il ne prend pas les gens de haut il prend l’absurdité de front, et laisse le public se débrouiller avec ce qui reste : un rire un peu nerveux, et une question qui trotte encore une fois la chronique terminée.

Et question, il y en a une grosse, qui flotte au-dessus de ces six minutes de rire : depuis quand l’État considère-t-il qu’une Manifestation lycéenne mérite un dispositif digne d’une finale de Ligue des Champions à l’extérieur ? Entre les témoignages qui s’accumulent, les vidéos choquantes, et les démentis officiels qui avancent à reculons, le rire de Lompret agit comme un sismographe : il enregistre les secousses que certains voudraient éteindre au bulldozer du « calme nécessaire ».
Six minutes qui valent le détour
La chronique, diffusée dans « La Dernière » du dimanche 4 octobre 2026 et visible en ligne, se savoure comme un très bon dessert après un repas indigeste : bref, tranchant, et avec un arrière-goût tenace. On en ressort avec le sourire aux lèvres et une pensée pas très confortable en tête la marque des grandes chroniques.

Alors oui, merci Aymeric : tant qu’il y aura des humoristes pour transformer notre exaspération en éclats de rire, il restera au moins une arme que personne ne pourra confisquer à l’entrée du lycée. L’humour, s’il vous plaît, ce satirique et indestructible bâton de marcheur.