Les règles zombies : quand le tabou mensuel refuse de mourir
Chaque mois, la moitié de l’humanité vit une expérience à la fois banale et stigmatisée : les règles. Pourtant, en 2026, ce phénomène naturel reste entaché de honte, de silences et de fausses croyances. Laelia Véron, dans sa chronique percutante, qualifie ces préjugés de « règles zombies » : des idées reçues qui, malgré les avancées sociétales, refusent de disparaître. Pourquoi ce tabou persiste-t-il ? Et comment le combattre ?
Un héritage de honte et de mépris
Depuis des siècles, les règles sont associées à la saleté, à la faiblesse, voire à la malédiction. Dans de nombreuses cultures, les femmes menstruées sont encore aujourd’hui exclues de certains lieux sacrés ou considérées comme « impures ». En France, bien que les mentalités évoluent, les traces de cette stigmatisation sont partout : publicités pour serviettes hygiéniques utilisant du liquide bleu plutôt que rouge, expressions comme « elle a ses affaires » pour éviter de nommer les règles, ou encore moqueries en milieu scolaire.
Laelia Véron souligne un paradoxe : alors que le sang menstruel est un signe de santé, il est traité comme quelque chose d’honteux. Cette dissonance révèle une misogynie ancrée, où le corps féminin est à la fois idéalisé et dévalorisé.
Le coût économique et écologique du silence
Au-delà du symbolique, les règles ont un prix. En France, une femme dépense en moyenne 2 500 € dans sa vie pour des protections périodiques. Pourtant, la TVA sur les tampons et serviettes n’a été réduite à 5,5 % qu’en… 2021. Avant cela, ces produits de première nécessité étaient taxés comme des biens de luxe. Une aberration qui illustre le peu de considération accordée à ce sujet.
Par ailleurs, l’impact écologique est colossal : un tampon met 500 ans à se dégrader. Les alternatives (culottes menstruelles, coupes menstruelles) peinent à s’imposer, faute d’information et à cause de leur coût initial. Pourtant, comme le rappelle Véron, « le vrai luxe, ce serait de ne plus avoir à choisir entre dignité et budget ».
Comment tuer les zombies ?
La solution passe par l’éducation. Intégrer des cours sur les règles à l’école, dès le plus jeune âge, pour tous les genres. Normaliser les discussions, que ce soit dans les médias, les familles ou entre amis. Et surtout, arrêter de faire comme si les règles n’existaient pas.
Des initiatives voient le jour : distributions gratuites de protections dans les établissements scolaires, marques engagées qui brisent les codes publicitaires, ou encore artistes qui utilisent le sang menstruel comme matière première. Mais le combat est loin d’être gagné.
Et si on parlait enfin sans détour ?
Les règles ne sont ni une maladie, ni une punition. Ce sont un signe de vie, de fertilité, et pour certaines, de souffrance (endometriose, syndrome prémenstruel sévère…). Comme l’écrit Laelia Véron, « le jour où on pourra en parler aussi naturellement que d’un rhume, les zombies auront enfin rendu l’âme ».
Alors, la prochaine fois que quelqu’un rougit en entendant le mot « règles », rappelons-lui que le vrai scandale, ce n’est pas le sang, mais le silence qui l’entoure.
Inspiré de la chronique de Laelia Véron, linguiste et autrice engagée pour la déconstruction des tabous.