Dans sa chronique « La drôle d’humeur », Paul Mirabel a encore prouvé que le génie comique réside souvent dans l’art de transformer le banal en extraordinaire. Son sujet du jour ? Les escargots. Oui, ces petites bêtes visqueuses, lentes à faire pâlir un paresseux, et qui, surtout, « font moins d’attentats que les avions ». Une phrase qui résume à elle seule l’esprit décalé et rafraîchissant de l’humoriste.
Mirabel, avec son ton toujours aussi nonchalant et son regard malicieux, aborde ce thème en apparence anodin pour mieux dégonfler l’actualité anxiogène. Alors que les médias s’emparent des commémorations du 11 Septembre ou de l’ouverture du procès du Bataclan, lui préfère parler de gastéropodes. « J’ai suivi un peu la presse de ces derniers jours, qui traite surtout des 20 ans du 11 Septembre et de l’ouverture du procès des attentats du Bataclan. Du coup, après mûre réflexion, j’ai plutôt décidé de vous parler aujourd’hui des escargots », explique-t-il avec un sérieux qui force l’admiration. Et c’est là toute la magie : en quelques mots, il désamorce la gravité ambiante et nous rappelle que l’humour est aussi une forme de résistance.
Le sketch repose sur une idée simple : et si on preait le temps de s’intéresser à ce qui ne fait pas la une ? Les escargots, justemement, incarnent la lenteur, la patience, une forme de sagesse presque philosophique. « Puisque c’est bien les escargots, ça fait beaucoup moins d’attentats déjà. Après, je connais pas non plus tous les escargots, mais j’imagine que c’est quand même un quotidien plutôt lent et plus léger à vivre », lance-t-il, avant d’ajouter, avec une autodérision qui le caractérise : « Vous remarquerez d’ailleurs que tel un escargot, je suis un peu en retard même sur ce sujet-là, puisque c’est une chronique sur le 11 Septembre alors qu’on est le 14 ».
Ce qui frappe dans ce passage, c’est la capacité de Mirabel à créer un décalage total entre le fond et la forme. Il parle de rien, et pourtant, il parle de tout : de notre rapport au temps, à l’actualité, à la peur. Son approche, presque minimaliste, montre que le rire peut naître de l’absurde le plus total. Comme il le dit lui-même : « Si j’arrive à avoir un passage de 5 minutes sur les escargots, qui ne dénonce rien sur la société ou n’engage aucun point de vue si ce n’est une nouvelle façon comique de voir les escargots, je crois que cela me satisfait ».
En somme, « Les escargots » est un parfait exemple du talent de Paul Mirabel : prendre un sujet insignifiant, le traiter avec une apparente légèreté, et en faire une réflexion implicite sur notre monde. Et si, finalement, la vraie drôle d’humeur, c’était la nôtre, à nous qui courons sans cesse après le temps, alors que les escargots, eux, savourent chaque centimètre de leur existence ?