Le vilain petit canard : adolescent : science fiction

Il était une fois, sur la colonie orbitale de Novacoon, un adolescent nommé Kyne qui ne ressemblait à personne. Tandis que ses camarades arboraient la silhouette élégante des natifs de la station, lui se réveillait chaque matin avec la peau légèrement irisée, les yeux trop grands, et une étrange capacité à entendre le bourdonnement des serveurs à trois ponts de distance.

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« Vilain petit canard », soufflaient-ils dans les couloirs du lycée Kepler. Kyne n’avait jamais vu de canard la Terre était un souvenir de manuel mais il comprenait l’idée. Être l’exception disgracieuse d’une volée bien alignée.

Ses parents, eux, souriaient sans répondre. Et c’était là le premier mystère.

Le deuxième vint le soir de ses quinze ans, quand un message chiffré s’afficha sur la vitre de sa chambre : « Ne te regarde pas encore dans un miroir intelligent. Pas avant d’être prêt. »

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Trop tard. Kyne brancha déjà la favole de diagnostic. Le scanner bafouilla, cracha trois lignes d’erreurs, puis afficha une vérité vertigineuse : son ADN portait la signature du Projet Cygne l’ancêtre commun de tous les habitants de Novacoon. Non pas un défaut de fabrication, mais l’original. Le prototype que la colonie avait cru perdu lors du premier saut hyperspatial, deux générations plus tôt.

Le vilain petit canard : adolescent : science fiction

Il n’était pas le canard difforme de la mare. Il était l’oiseau de la première espèce, celui dont les autres n’étaient que des copies simplifiées pour tenir dans les budgets de la mission.

La révélation aurait pu lui monter à la tête. Elle lui monta plutôt aux yeux, en larmes de rage : pourquoi le cacher ? Pourquoi le laisser croire, trois ans durant, qu’il était une erreur de casting génétique ?

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La réponse arriva avec la tempête solaire de novembre. Quand les boucliers de Novacoon vacillèrent, que les systèmes recalibrèrent en panique, une seule fréquence de secours resta audible celle que Kyne entendait depuis toujours, dans ses insomnies. La voix de secours du prototype, conçue pour ne jamais s’éteindre. Kyne ferma les yeux, tendit les mains sur le pupitre, et traduisit ce que personne d’autre ne pouvait entendre. Le protocole d’amarrage d’urgence. Trois mille vies sauvées par l’enfant qu’on n’écoutait jamais.

Le vilain petit canard : adolescent : science fiction

Le lendemain, les couloirs du lycée Kepler étaient bien silencieux. On ne disait plus « vilain petit canard ». On ne disait rien, ce qui est parfois pire. Mais Kyne, lui, avait fini de grandir : il savait désormais que la laideur n’est souvent qu’une échelle de mesure dépassée.

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Sur Terre, dans l’ancien conte, le canard devenait cygne et tous s’excusaient. Dans la version de Novacoon, Kyne ne devint pas un cygne. Il resta lui-même irisation, yeux immenses et tout et apprit la leçon que la science fiction adore glisser sous ses androïdes : ce n’est pas l’individu qui doit ressembler au troupeau, c’est le troupeau qui doit élargir son imaginaire.

La différence n’est pas un défaut de version. C’est la prochaine mise à jour.

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