Artus : J’ai décidé de donner mon sang

Il y a des peurs qu’on partage à voix basse, et d’autres qu’on crie en public de rire. Le 15 mai 2013, Artus montait sur le plateau d’On n’demande qu’à en rire, l’émission culte de France 2, pour son 69e passage et il avait choisi un terrain miné de frayeur universelle : le don du sang. Le résultat ? Un sketch de dix minutes devenu, avec le temps, une petite pépite du catalogue ONDAR, forte de plus de 430 000 vues sur YouTube.

Billie, à la croisée des mondes

Un réservoir de gags à l’état pur

Le concept tient en une phrase : un type a décidé de donner son sang, et tout le monde sait que ça va mal tourner. Accompagné de ses complices habituels : Jeanne Chartier, Céline Holynski, Arnaud Tsamère, Steeven et Christopher : Artus s’empare de la salle de collecte comme d’un terrain de jeu. L’infirmière devient un personnage de série noire, le fauteuil un siège de torture moderne, et le tuyau qui relie le bras au pochet une métaphore filée (jusqu’à la dernière goutte) sur le courage qu’il faut pour vider son corps de quelques centilitres.

Artus : J'ai décidé de donner mon sang

Ce qui frappe, encore aujourd’hui, c’est la mécanique d’horlogerie du duo comique. Artus, avec son bagou d’orateur paniqué et sa science des longues digressions, installe un malaise croissant à coup de questions absurdes et de formules à rallonge. Face à lui, Tsamère incarne le pendant droit, cet espace où les folies du premier peuvent rebondir et résonner. Le public ne rit pas seulement des répliques : il rit de la spirale, de cette sensation vertigineuse que chaque réponse ouvre une porte vers un délire plus grand que le précédent.

L’ONDAR, une école du rire à ciel ouvert

Pour comprendre pourquoi ce sketch marque, il faut replacer On n’demande qu’à en rire dans son contexte. Créée par Laurent Ruquier, l’émission offrait chaque soir un passage en direct, noté par le public, avec une règle d’or : au-delà d’un certain seuil de notes cumulées, le pensionnaire accédait à une soirée spéciale consacrée à ses personnages. Ce système de « progression par paliers » a façonné toute une génération d’humoristes : Artus y a appris à écrire pour un temps limité, un plateau, un jury d’inconnus : une gymnastique qu’on retrouve aujourd’hui dans chacun de ses one-man-shows.

Artus : J'ai décidé de donner mon sang

Ce 69e passage s’inscrit d’ailleurs dans une série de sketchs mémorables du même cru : « Dans la maison de Barbie », « J’ai peur en avion », « Attention à ce qu’on mange devant la télé »… Autant de titres qui dessinent la patte d’un Artus adepte du quotidien poussé dans ses retranchements, du banal qui dérape.

Pourquoi ça fonctionne encore

Treize ans plus tard, la recette n’a pas pris une ride. Parler du don du sang avec humour, c’est marcher sur un fil : trop de gravité, et le rire s’éteint ; trop de légèreté, et on blesse une cause généreuse par nature. Artus trouve l’équilibre en ne riant jamais de l’acte lui-même, mais de la panique qu’il inspire cette peur de l’aiguille que chacun de nous a ressentie au moins une fois, bras tendu, regard détourné.

Artus : J'ai décidé de donner mon sang

C’est là tout le génie du personnage : transformer nos petites lâchetés domestiques en épopées. Et, sans le savoir, faire quelque chose pour la bonne cause. Car si le sketch donne envie de rire, il donne aussi, accessoirement, envie d’aller voir de plus près ce qui se passe derrière un rideau de collecte. Un don de sang ne se résume pas à dix minutes de sketch ; mais un sketch de dix minutes peut, parfois, semer une bonne résolution.

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