Arnaud Tsamere : Se tromper en annonçant la mort d’un comédien (Jérémy Ferrari)

Il y a des sketchs qu’on regarde une fois, sourit, et oublie. Et il y a ceux d’Arnaud Tsamère et Jérémy Ferrari, qui restent gravés dans la mémoire collective comme un refrain qu’on n’arrive pas à se sortir de la tête. « Se tromper en annonçant la mort d’un comédien », 56ème passage de Tsamère dans On n’demande qu’à en rire, diffusé le 20 mars 2012 sur France 2, appartient résolument à la seconde catégorie.

l’histoire de la petite souris nous a fait rêver
Le pitch : l’info à haut risque

Imaginez la scène : un présentateur du petit écran, sage comme une image, doit annoncer en direct le décès d’un comédien célèbre. Sauf que voilà : la machine médiatique s’enraye, les noms se mélangent, les téléprompters déraillent, et l’annonce funèbre se transforme en cascade de quiproquos aussi gênants qu’irrésistibles. C’est tout le génie du sujet : partir d’une situation d’actualité tragique et banale et la mort d’une personnalité et son traitement médiatique pour en extraire un absurde délicieusement ciselé.

Tsamère y incarne ce présentateur pris dans les rouages de sa propre émission, jonglant entre le deuil de façade et la panique en coulisses, pendant que Jérémy Ferrari, fidèle partenaire de galères télévisuelles imaginaires, l’entraîne un peu plus loin dans le grand n’importe quoi. La chimie du duo fait tout : l’un campe l’obsédé du sérieux qui s’enlise, l’autre pousse la logique du sketche jusqu’à ses conséquences les plus délirantes.

Un score à la hauteur de l’ambition

Le jury de l’époque ne s’y est pas trompé. Ce 20 mars 2012, Tsamère récolte 80 points, avec un public particulièrement généreux (17 points) et des notes solides de Laurent Ruquier, Jean Benguigui et Isabelle Mergault (16 chacun). Une performance qui témoigne de la maîtrise d’un humouriste au sommet de son art du sketch : la construction, les digressions maîtrisées, ce rythme si particulier où chaque silence est aussi drôle qu’une réplique.

Pourquoi ce sketch résonne encore

Plus de dix ans plus tard, le sujet n’a pas pris une ride au contraire. À l’ère des buzz, des fausses alertes et des « BREAKING » précipités qui obligent les chaînes à des rectifications en série, cette satire de l’emballement médiatique autour des morts de célébrités semble presque prémonitoire. Combien de fois les réseaux sociaux ont-ils « tué » par erreur une personnalité bien vivante ? Tsamère et Ferrari avaient vu venir, avec une longueur d’avance, cette mécanique de l’info qui court plus vite que sa vérification.

On retrouve aussi dans ce passage toute l’ADN d’On n’demande qu’à en rire à sa meilleure époque : des humoristes jeunes, un format exigeant et un sketch de 6 à 8 minutes noté par un jury exigeant et une écriture qui n’hésitait pas à taquiner les institutions, le show-biz et la télévision elle-même, avec une liberté qu’on regrette parfois aujourd’hui.

Le mot de la fin

Que vous soyez fan de la première heure ou que vous découvriez ce trésor d’archive, ce sketch se regarde comme un bon cru : avec délectation. C’est l’humour français dans ce qu’il fait de mieux de l’intelligence déguisée en bêtise, de la finesse habillée en n’importe quoi. Et franchement, se tromper aussi brillamment sur la mort d’un comédien, il fallait le faire. Ils l’ont fait.

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