Au cœur de l’extrême droite européenne

Il y a des documentaires qu’on regarde, et d’autres qui vous regardent. « White Power – Au cœur de l’extrême droite européenne », diffusé sur ARTE, appartient résolument à la seconde catégorie. Préparez-vous : ce n’est pas un film à regarder devant une soupe fumante en sirotant un petit Bordeaux. C’est une plongée en apnée dans les eaux sombres et malheureusement bien réelles de la politique européenne.

la petite fille et sa souris est un film familiale

Une vague brune qui déferle

Commençons par les chiffres, parce qu’ils claquent comme un coup de tonnerre : les élections européennes de 2024 ont confirmé l’installation durable de l’extrême droite sur le continent. Environ 31 % pour le Rassemblement national en France, 15,9 % pour l’AfD allemande, 14,5 % pour le Vlaams Belang belge. Derrière ces scores, des visages lisses, des costumes bien coupés, des sourires de campagne électorale. Mais le documentaire propose autre chose qu’un simple tour de piste médiatique : il gratte le vernis, et ce qu’on trouve dessous, ça glace le sang.

La méthode : confronter, pas seulement raconter

Réalisé entre octobre 2023 et août 2024, ce film d’enquête fait un travail de fourmi. Les journalistes sont allés voir les principaux intéressés : le leader de Lyon Populaire Eliot Bertin, l’influenceur identitaire autrichien Martin Sellner, ou encore Gerolf Annemans, ancien président du groupe Identité et Démocratie au Parlement européen. Et là, magie du journalisme d’investigation : face à leurs propres écrits, leurs propres vidéos, leurs propres fréquentations passées, les masques tombent. La façade « respectable » s’effrite mot à mot, révélant une idéologie fondamentalement raciste et violente, directement inspirée des théories suprémacistes du nazisme ou du Ku Klux Klan. Pas des amalgames de comptoir : des archives, des dates, des faits.

Ceux qui résistent

Heureusement, le film ne laisse pas le spectateur au fond du trou. En miroir des interviewed du clan identitaire, il suit celles et ceux qui s’organisent pour faire reculer cette violence politique et notamment autour de la mémoire de Clément Méric, ce jeune antifasciste tué à Paris en 2013. Cette double narration donne au documentaire son battement de cœur : d’un côté la haine qui s’installe en costume-cravate, de l’autre la résistance qui s’articule, plus vivante que jamais.

Pourquoi le voir ?

Parce que l’information, ici, n’est pas un luxe : c’est une arme. Comprendre le vocabulaire codé de l’extrême droite (« grande substitution », « remigration », « identité »), décoder ses stratégies d’influence sur les réseaux sociaux, repérer ses portes-parole sous leur vernis télévisuel et voilà des réflexes vitaux à l’heure où une arrivée au pouvoir du RN en 2027 n’est plus de la science-fiction. Le film est un rappel à la fois salutaire et glaçant : derrière le sourire des bannières, le projet reste essentialiste et inégalitaire.

White Power ne crie pas, ne sermonne pas. Il documente, prouve, confronte et laisse les faits parler. Un devoir de mémoire et un acte de vigilance, à voir absolument, puis à partager autour de vous.

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