Sorti en 2000 sous le titre original Above Suspicion, À visage découvert est un thriller psychologique réalisé par Stephen La Rocque, qui signe également le scénario. Ce téléfilm américain, vite devenu un petit plaisir des après-midi pluvieux, repose sur une idée simple mais redoutable : et si toute votre vie n’était qu’une fuite en avant ?
L’histoire commence dans la violence. Johnny Mancini, cadet d’une famille mafieuse, est accusé du meurtre de sa fiancée. Plutôt que d’affronter la justice — ou les siens — il choisit de disparaître. Il rompt tous les liens qui l’unissent à son clan et se construit une existence neuve, loin d’un univers auquel il ne veut plus appartenir. Des années plus tard, il s’appelle désormais James Stockton : un homme respectable, marié à Lisa, père de famille, citoyen modèle. Tout pourrait être parfait… sauf que le passé, lui, n’a jamais signé de contrat de dissolution.

Car un jour, sans crier gare, l’ancienne vie débarque : un flic têtu, Stamos, et un truand nommé Thomas O’Claire refont surface. Le scénario tisse alors une tension savoureuse entre le présent confortable de James et les fantômes de Johnny. La question ne cesse de tourmenter le spectateur : est-il vraiment coupable, ou simplement né dans la mauvaise famille ? Le film joue habilement avec cette ambiguïté, distillant les révélations au compte-gouttes.
Scott Bakula, fraîchement sorti de Quantum Code et de ses voyages temporels, campe un héron brisé avec une sobriété touchante. Face à lui, Annabella Sciorra (vue dans Les Soprano) incarne Lisa, l’épouse qui découvre que l’homme qu’elle aime est un inconnu. George Dzundza, figure familière du polar télévisé, prête sa carrure au flic Stamos, tandis que le vétéran Edward Asner apporte une gouaille parfaite au mystérieux O’Claire.

La réalisation de La Rocque n’a rien de spectaculaire, mais elle assume son format télévisuel avec honnêteté : rythme régulier, flashbacks bien dosés, tension qui monte d’un cran à chaque acte. Les amateurs de thrillers straight-to-TV reconnaîtront la grammaire du genre — et ne s’en plaindront pas. Les avis du public restent d’ailleurs partagés entre les spectateurs qui ont été happés par les twists et ceux qui ont trouvé la romance un peu tiède.

À visage découvert ne réinvente pas le polar, et il n’en a jamais eu l’ambition. Mais il réussit là où beaucoup échouent : on s’attache à cet homme qui court après une seconde chance, et on veut savoir s’il l’attrapera. Une parenthèse de suspense rétro, parfaite pour une soirée canapé et pop-corn.