Parmi les figures les plus effroyables de la Seconde Guerre mondiale, une silhouette blonde au visage d’ange occupe une place à part : Irma Grese, surnommée « la hyène d’Auschwitz » ou « la bête de Belsen ». Derrière cette beauté glaciale se cache l’une des criminelles les plus sadiques que l’histoire ait connues.
Née le 7 octobre 1923 à Wrechen, dans le Mecklembourg, Irma grandit dans une famille brisée. Sa mère se suicide en avalant de l’acide chlorhydrique sous les yeux de la fillette, et le père, violent, élève ses cinq enfants à coups de ceinture. À 15 ans, la jeune fille quitte l’école, rêve de cinéma, et s’engage dans la Ligue des jeunes filles allemandes. Échouant à devenir infirmière, elle bifurque vers une tout autre voie : en 1942, elle devient gardienne au camp de Ravensbrück. Son père, farouche anti-nazi, la renie. L’histoire jugera qu’il avait raison.
À Ravensbrück, Irma se lie à Dorothea Binz, l’une des SS les plus cruelles du régime, qui l’initie à la Schadenfreude et ce plaisir malsain pris à la souffrance d’autrui. En mars 1943, la voilà mutée à Auschwitz-Birkenau. Grimant les échelons à une vitesse vertigineuse, elle devient surveillante-chef du camp C à 20 ans à peine, avec plus de 30 000 détenues sous sa coupe, dont 18 000 femmes.
C’est là que son nom bascule dans l’infamie. Irma Grese participe aux sélections sur la rampe, brandissant sa cravache, envoyant à la chambre à gaz celles qui croisent son regard. Selon le témoignage du docteur Gisella Perl, médecin juive de l’hôpital de Birkenau, elle coupait les seins des détenues pour provoquer des infections, et éprouvait une excitation visible devant la douleur. Les survivantes racontent ses chiens lâchés sur les prisonnières, ses coups de botte, ses caprices meurtriers. Les unes l’appelaient « l’ange blond d’Auschwitz » pour sa beauté ; les autres, plus lucides, la hyène.
En janvier 1945, Auschwitz se démantèle devant l’avancée soviétique. Irma est transférée à Bergen-Belsen, où elle poursuit ses sévices jusqu’à l’arrivée des Britanniques, le 15 avril 1945. Arrêtée, elle comparaît au procès de Belsen à Lunebourg, aux côtés de Josef Kramer et 43 autres accusés. Face à la cour, la plus jeune accusée, 21 ans, sourit, se redresse, nie avec aplomb : « C’est pas moi, c’est eux. » Les témoignages des rescapées s’accumulent pourtant, glacials, précis, accablants.
Le 17 novembre 1945, le verdict tombe : mort par pendaison. Le 13 décembre, dans la prison de Hamelin, elle monte à l’échafaud d’un pas ferme. Albert Pierrepoint, le bourreau britannique, notera sobrement : « Elle est morte comme elle avait vécu, sans un mot de remords. » Elle avait 22 ans.
Irma Grese incarne un vertige vertigineux : celui de la banalité du mal parée des atours du rêve aryen. Une jeune femme venue de rien, devenue en trois ans l’instrument zélé de la machine d’extermination. La hyène d’Auschwitz rappelle que le monstrueux ne porte pas toujours le masque hideux — parfois, il a un visage d’ange et des bottes bien cirées.