Et si le voisin trop pâle qui ne sort jamais avant la tombée de la nuit n’était pas juste un timide ? C’est la question vertigineuse que pose Living Among Us (sorti en 2018), un petit bijou d’horreur à découvrir d’urgence ici même, s’il vous plaît.
Le pitch ? Simple et diaboliquement efficace : dans un futur proche, les vampires ont décidé de sortir de l’ombre. Fini les mythes, les légendes et les excuses : ils existent, ils sont organisés, et surtout, ils ont un problème d’image. Pour rassurer une humanité médusée (et un peu nauséeuse), une famille de vampires accepte d’accueillir une équipe de journalistes venue tourner un documentaire sur leur quotidien. Caméras au poing, micros tendus, sourires crispés : tout commence presque comme un reportage lifestyle. Sauf que derrière les sourires de circonstance, les crocs brillent déjà.
C’est là que le film fait mouche : entièrement tourné en style « found footage », il nous plonge dans la peau des journalistes. On avance avec eux, on respire leur malaise, et petit à petit, la visite de courtoisie tourne au cauchemar sanguinolent. Quand la porte se referme, il n’y a plus de journalistes… juste du sang frais. L’ambiance de faux documentaire, déjà éprouvée par des classiques comme Le Projet Blair Witch ou Paranormal Activity, prend ici une saveur particulière : difficile de ne pas penser à Vampires en toute intimité (What We Do in the Shadows), sorti quatre ans plus tôt, sauf que chez Metcalf, on abandonne la comédie pour plonger les crocs dans l’horreur pure.
La distribution a aussi de quoi surprendre : on retrouve William Sadler, visage familier de bien des productions de genre, et surtout John Heard, le mythique papa de Maman, j’ai raté l’avion, dans l’un de ses derniers rôles et un clin d’œil nostalgique qui glace un peu le sang, forcément. Autour d’eux, la famille de vampires (Andrew Keegan, Esme Bianco ou encore Thomas Ian Nicholas) compose une gallery de prédateurs élégants et glacial, dont la politesse exquisement feinte met les nerfs à rude épreuve.
Ce qui rend le film attachant, c’est sa manière de retourner notre époque contre nous : la fascination pour les « lives », les documentaires immersifs, la télé-réalité qui pousse à ouvrir sa porte à n’importe qui avec une caméra. Les vampires de Living Among Us ne violent aucune loi : on les a invités. On a tendu le micro au monstre, et le monstre a répondu. Violent par moments, étouffant par d’autres, le film assume son statut de série B au sens noble : pas de budget faramineux, mais des idées, une ambiance, et une vraie théorie du prédateur social.
Bref : éteignez les lumières, fermez les rideaux (on ne sait jamais), et lancez le film complet ci-dessous. Attention toutefois : si on frappe à votre porte en pleine nuit pour une interview, vous êtes prévenus maintenant : ne réponds jamais à un vampire qui dit « on ne fait qu’un reportage ». Bon sang-froid, et bonne séance !