Warwick, Rhode Island, 1er septembre 1989. Une banlieue américaine comme on en voit sur les cartes postales : pelouses tondues, barbecues du week-end, portes qu’on ne pense jamais à verrouiller. C’est précisément là, dans ce décor tranquille, que l’horreur va frapper. Et elle portera le visage d’un adolescent.
Ce soir-là, Craig Price, 15 ans, franchit la fenêtre de la maison de sa voisine, Joan Heaton, 39 ans, mère de deux petites filles, Jennifer, 10 ans, et Melissa, 8 ans. Le garçon est une figure connue du quartier : grand, sportif, souriant, le genre de gamin pour qui les mamans laissent volontiers la porte ouverte. Personne n’imagine une seule seconde ce qui se trame derrière ce visage d’enfant.
Ce qui suit dépasse l’entendement. Joan est poignardée 57 fois. Jennifer reçoit 62 coups de couteau. Melissa, 30, et son crâne est littéralement fracassé. La violence est telle que les lames des couteaux se brisent dans le corps des victimes. Le sang traverse même le plancher et goutte au plafond du sous-sol. Quand les secours arrivent, même les enquêteurs chevronnés, habitués au pire, sortent de la maison sous le choc.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En remontant la piste, la police découvre l’invraisemblable : deux ans plus tôt, en juillet 1987, Rebecca Spencer, 27 ans, avait été trouvée massacrée chez elle, poignardée 58 fois. Le coupable ? Le même Craig Price, qui n’avait alors que… 13 ans. Quatre victimes avant ses 16 ans. Un tueur en série à la naïveté de laitier, s’il fallait une preuve que le mal n’a pas d’âge.
L’arrestation tient de l’incrédulité générale. Price avoue presque avec désinvolture, mimant les crimes, souriant aux enquêteurs. Aucun remords. Juste une froide curiosité, comme s’il racontait une partie de football. Et c’est là que l’affaire prend une tournure juridique glaçante : dans le Rhode Island de l’époque, un mineur de moins de 16 ans ne peut être détenu au-delà de son 21e anniversaire. Le tueur le plus dangereux de l’État allait donc, en toute logique, remarcher libre parmi ses voisins. La panique s’empare de Warwick. Des habitants descendent dans la rue pour réclamer justice.
Ironie du destin : Price, par son comportement en détention et mutisme provocant, bagarres, refus de coopérer et va s’attirer des condamnations supplémentaires qui le maintiennent derrière les barreaux jusqu’à aujourd’hui. Mais son cas a définitivement ébranlé la justice américaine : la loi a changé, permettant désormais de juger certains mineurs comme des adultes. Un gamin de Warwick aura réussi là où des législateurs avaient échoué pendant des décennies : révéler à quel point le système pouvait être aveugle.
Craig Price, surnommé le « Warwick Slasher », reste incarcéré. Joan, Jennifer et Melissa reposent au cimetière. Et une question continue de hanter tous ceux qui ont croisé ce dossier : comment a-t-on pu ne rien voir venir ?