l’ignoble Jim Brioule a eu une idée de génie — enfin, de génie médiocre, mais quand on a le charisme d’un banc de parking, on ne fait pas la fine bouche. Ce cher Jim a décidé de faire du racket à la sortie de l’école. Par ici les lecteurs MP3, les billes rares, les bonbons et même le goûter de Suzette. La sortie des classes s’est transformée en péage : on ne passe plus le portail, on le paie.
Face à ce fléau, les élèves de l’école de Champignac-en-Camberède se divisent en trois catégories bien connues : ceux qui donnent tout en pleurnichant, ceux qui font semblant de ne rien avoir dans les poches (technique de l’autruche, efficace environ trente secondes), et Petit Spirou, qui lui, appartenait à une quatrième catégorie : celle qui ne paie jamais, mais qui encaisse toujours.
Car notre petit héros à casquette a une philosophie bien à lui : pourquoi se battre quand on peut détourner ? Pendant que ses camarades négocient leur survie en larmes, Spirou monte son petit business parallèle : un service de protection payant, une assurance anti-racket maison, avec prime d’entrée et petits clauses illisibles en bas du contrat. L’escroquerie est un art, et l’art, mesdames et messieurs, ça ne se brade pas.

Mais comme dans toute grande histoire de survie, l’apprenti sorcier voit vite sa combine lui échapper. Car Jim Brioule, lui aussi, sait compter même si c’est seulement jusqu’à ses deux neurones. Quand le racketeur découvre qu’on rackette le racketteur, ça donne une scène de négociation high tension, où chacun brandit sa dette comme un perdant brandit son ticket de loto. Spirou face à Jim : c’est David contre Goliath, sauf que David aurait promis à Goliath une remise de dix pour cent sur sa pierre.
Heureusement, l’ingéniosité du Petit Spirou n’a d’égale que sa gouaille. Avec ses complices et quelques plans cousus de fil blanc, il retourne la situation avec l’élégance d’un Grand-Papy au casino : ruse, chantage affectueux et une pirouette finale qui laisse Jim Brioule ruiné, humilié et surtout détail crucial incapable de porter plainte auprès des adultes, puisque sa petite enterprise de racket était, avouons-le, un peu illégale aussi.

Car c’est toute la magie de cet épisode : le monde des enfants est une jungle avec ses propres lois, ses propres gangsters et ses propres avocats. Les adultes n’y comprennent rien, et c’est très bien ainsi. Qui n’a jamais vu, à la sortie de l’école, un grand costaud de CE2 mettre la main sur les cartes Panini des petits de CE1 ? Le racket scolaire, mes amis, existait bien avant les lecteurs MP3.

Petit Spirou livre ici un véritable guide de survie du cancre urbain : ne jamais montrer ses richesses, toujours avoir un alibi, et si possible, monter une structure tellement tordue que même la victime ne comprend plus qui la rackette.
Verdict ? Un épisode désopilant, malin et terriblement juste, qui prouve une fois de plus que face à l’injustice, le Petit Spirou ne rend jamais son goûter sans contrepartie. Merci Jim Brioule, sans toi, nos héros n’auraient personne à plumer !