Il y a d’abord eu la révélation, un lundi de septembre 2026 : des écrits antisémites, datés de 2013 à 2015, attribués à un Jordan Bardella de 17 ans, déjà militant du Front national. Puis le démenti frontal du président du Rassemblement national, la plainte pour diffamation, et le rideau de fumée habituel. Ce jeudi 1er octobre, Mediapart a sorti la deuxième lame : les pièces à conviction.
Pas de simples fuites approximatives, donc, mais une méthode décortiquée publiquement dans une vidéo pédagogique de neuf minutes : des captures d’écran de conversations Messenger, et surtout un protocole béton. La source, dont l’anonymat est préservé, a téléchargé auprès de Meta l’intégralité de ses données personnelles, comme le permet le RGPD. Le fichier reçu a été authentifié par huissier : il date la conversation, atteste qu’elle n’a pas été modifiée a posteriori, et confirme que l’interlocuteur y est référencé par Facebook sous le nom de Jordan Bardella.

Mieux : pour vérifier qu’il s’agit bien du vrai Bardella, et non d’un usurpateur, les journalistes ont recoupé les détails de vie glanés dans les échanges avec son propre livre, Ceux que je cherche, publié onze ans plus tard. La mère née en Italie, l’interview accordée au Parisien en 2013, l’échec au concours de Sciences Po : tout concorde, parfois au mot près. Et l’argument massue est difficile à contourner : si ce compte n’est pas le sien, il faudrait expliquer qui, en 2013, a usurpé l’identité d’un adolescent totalement inconnu, en connaissant tout de sa vie privée et dans quel but, exactement ?

Le contenu, lui, donne le vertige. « Les banques sont toutes détenues par des Juifs », « le juif doit dominé les autres peuples, les écraser et les voler », aurait écrit le jeune homme, avant de vanter les « analyses justes » d’Alain Soral, l’idéologue antisémite et négationniste. Un antisémitisme fiévreux, d’obédience soralienne, qui irriguait à l’époque une partie de la jeunesse en ligne. Mediapart publie en outre des courriels internes de la section FN de Seine-Saint-Denis, que Bardella a prise en main en 2014, pour éclairer l’environnement conspirationniste dans lequel le patron du RN baignait alors.

La riposte n’a pas traîné. Sur X, Bardella dénonce des « pseudo-preuves », des « montages grossiers », d’« obscures captures d’écran manipulables », et charge son avocat de déposer plainte pour faux et usage de faux. Le député Sébastien Chenu résume la ligne du parti : « Ou Mediapart manipule l’opinion publique ou Mediapart se fait enfumer. » Sauf que la plainte pour diffamation, déposée avec constitution de partie civile, est la procédure la plus lente qui soit sans issue avant le premier tour de l’élection présidentielle. Et qu’en cas de procès, la justice pourrait tout simplement demander les données à Meta.
Reste une évidence, lâchée par Mediapart : en n’assumant pas la paternité de ses textes, Bardella « a aussi menti à la France entière ». La boîte noire est ouverte. À chacun, maintenant, de regarder dedans et de se demander ce que vaut la dédiabolisation quand elle repose sur un mensonge d’origine.