Celles et ceux qui font confiance : La chronique de Juliette Arnaud

La confiance est un acte de foi quotidien, presque invisible, mais qui structure nos vies bien plus que les grands serments ou les contrats signés. Juliette Arnaud, dans sa chronique pour Radio Nova, nous rappelle que la confiance se niche dans les interstices de l’ordinaire : un regard échangé, une porte laissée ouverte, un secret confié à l’oreille d’un ami. Elle cite « Le messager » de Leslie Poles Hartley, ce roman où les personnages, pris dans les filets de l’espionnage et de la trahison, finissent par découvrir que la vraie confiance ne se décrète pas, elle se vit, souvent à l’aveugle.

Et puis il y a « La folle complainte » de Trenet, cette chanson qui, sous ses airs légers, parle de ces fous, de ces rêveurs qui osent croire en l’impossible, en l’autre, en demain. La confiance, pour Arnaud, c’est aussi cela : une forme de folie douce, une résistance à la méfiance ambiante. Dans un monde où l’on nous répète sans cesse de nous méfier – des écrans, des inconnus, des institutions –, ceux qui font confiance sont des rebelles.

Pourtant, la confiance n’est pas naïveté. Elle est un choix, une décision de croire que l’humain, malgré tout, vaut le risque. C’est le commerçant qui laisse sa caisse ouverte, le passager qui s’endort dans le métro en s’appuyant sur l’épaule d’un inconnu, l’amant qui ne fouille pas dans les messages de l’autre. Ces gestes, aussi fragiles soient-ils, sont des actes de résistance. Ils disent non à la paranoïa, oui à la possibilité d’un monde moins dur.

Juliette Arnaud, avec son ironie tendresse, souligne que la confiance se paie parfois cher. On se fait avoir, on se trompe, on regrette. Mais sans elle, que reste-t-il ? Un désert de transactions, de contrôles, de solitude. La confiance, c’est le ciment invisible des sociétés, ce qui permet aux villes de fonctionner, aux amitiés de durer, aux amours de naître.

Alors, qui sont « celles et ceux qui font confiance » ? Ce sont ces anonymes qui, chaque jour, choisissent de croire en la bonté de l’autre, malgré les preuves du contraire. Ce sont les fous, les poètes, les optimistes entêtés. Et peut-être, finalement, les seuls vrais réalistes.

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