Seul depuis deux jours : La drôle d’humeur de Tom Baldetti

Tom Baldetti n’avait jamais vraiment apprécié la solitude. Pourtant, ce matin-là, en se réveillant, il réalisa qu’il était seul depuis exactement deux jours, trois heures et quarante-sept minutes. Pas un chat, pas un voisin bruyant, pas même un colis Amazon mal livré pour lui tenir compagnie. Juste lui, son canapé, et une plante verte qui semblait le juger en silence.

Au début, il avait trouvé ça reposant. Plus de réunions interminables, plus de collègues qui lui volaient son yaourt dans le frigo de l’open space. Juste le calme, le vrai. Mais très vite, une étrange métamorphose s’opéra. Tom commença à parler à son grille-pain. Pas des phrases banales, non : des débats philosophiques. « Et toi, tu penses que le pain de mie a une âme ? » lui demanda-t-il un matin, tandis que la tranche dorait lentement. Le grille-pain, stoïque, ne répondit pas. Tom prit ça pour un signe de sagesse.

Le deuxième jour, il décida de se lancer dans une activité manuelle. Il avait toujours rêvé de fabriquer une maquette de la Tour Eiffel en allumettes. Trois heures plus tard, son salon ressemblait à un champ de bataille post-apocalyptique, et la Tour Eiffel, elle, ressemblait à un tas de bois carbonisé. « C’est de l’art contemporain », se convainquit-il en admirant son œuvre.

C’est alors que son téléphone sonna. Un message de sa mère : « Tu viens dimanche ? J’ai fait ton gâteau préféré. » Tom fixa l’écran, horrifié. Un gâteau. Des gens. Des conversations. Il n’était plus sûr d’être prêt. Et si on lui parlait de la pluie et du beau temps ? Et s’il avait oublié comment faire semblant de s’intéresser à la vie des autres ?

Il se regarda dans le miroir de l’entrée. Barbe de trois jours, cheveux en bataille, et un t-shirt qui proclamait « Je survit à l’isolement (à peine) ». Il sourit. Peut-être que la solitude, finalement, lui allait plutôt bien. Du moins, jusqu’à ce que sa plante verte ne lui lance un regard désapprobateur. « Bon, d’accord, je vais appeler maman », soupira-t-il en attrapant son téléphone.

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