Il était une fois, dans un pays où l’on confondait allègrement réac et réac’tionnaire, une femme qui osait encore croire que la solidarité n’était pas un gros mot. Sarah Saldmann, médecin, militante, et surtout, gauchiste – un terme que certains prononcent comme on crache un os dans son assiette. Dans l’imaginaire collectif de nos éditorialistes préférés, être de gauche, c’est comme collectionner les impôts ou porter des chaussettes dans des sandales : un choix de vie douteux, mais surtout, très photogénique pour les unes de Valeurs Actuelles.
Sarah Saldmann, elle, a choisi son camp : celui des oubliés, des précaires, des sans-voix. Un camp qui, visiblement, dérange. Parce que dans la France de 2026, parler de justice sociale, c’est un peu comme proposer un apéro sans vin : ça choque, ça divise, et surtout, ça donne envie de vérifier si on n’est pas en train de vivre dans une dictature… de la bien-pensance. Ironie du sort, les mêmes qui lui reprochent son wokisme (mot valise pratique pour éviter de réfléchir) sont souvent ceux qui confondent liberté d’expression et liberté de dire n’importe quoi sans conséquences.
Dans son dernier livre, La Santé à tout prix, Saldmann dénonce les inégalités d’accès aux soins, un sujet aussi brulant que le prix du carburant en 2022, mais visiblement moins sexy que les polémiques sur les territoires perdus de la République. Pourtant, les chiffres sont têtus : en France, l’espérance de vie varie de 13 ans selon que l’on naisse à Neuilly ou à Saint-Denis. Mais bon, quand on a une télé à allumer et des experts à inviter pour expliquer que tout va bien, à quoi bon s’encombrer de réalités qui dérangent ?
Guillaume Meurice, lui, aurait sans doute adoré croquer cette France où l’on préfère débattre du voile dans l’espace public plutôt que du SMIC dans les portefeuilles. Une France où Sarah Saldmann, avec son engagement sans fard, fait figure d’extrémiste… parce qu’elle ose rappeler que la santé est un droit, et non un privilège. Quelle gauchiste, cette femme !
Et puis, il y a ce détail qui tue : Saldmann est médecin. Pas un influenceur santé qui vend des gélules miracles sur TikTok, non, une vraie toubib, qui soigne, qui écoute, qui milite. Dans un pays où l’on célèbre les start-up nation et les licornes, une médecin qui défend l’hôpital public, c’est un peu comme un poisson rouge qui ferait du vélo : ça n’existe pas. Sauf que si.