Il y a des livres qui vous font rire aux éclats, et puis il y a ceux qui vous font rire et réfléchir sur l’absurdité du monde moderne. Le Journal de bord du capitaine du Costa Concordia, signé Olivier de Benoist, appartient clairement à la deuxième catégorie. Imaginez : un capitaine de croisière qui, au lieu de noter des coordonnées GPS ou des rapports météo, remplit son carnet de pensées aussi profondes que « Aujourd’hui, j’ai évité un iceberg. Ou peut-être que c’était un dauphin. Bref, j’ai sonné la cloche. »
Olivier de Benoist, maître ès absurdité et chroniqueur talentueux, nous plonge dans l’esprit (ou ce qu’il en reste) d’un commandant de navire aussi incompétent que charismatique. À travers des entrées de journal hilarantes, il dresse le portrait d’un homme pour qui la navigation est un détail accessoire, comparée à l’art de bien choisir son menu à bord ou de gérer les caprices des passagers. « 14h30 : Alerte rouge. Un passager a demandé s’il y avait du Wi-Fi en pleine mer. J’ai ordonné l’évacuation par mesure de précaution. »
Ce qui frappe dans ce livre, c’est la façon dont de Benoist transforme une catastrophe annoncée en une comédie humaine. Chaque page est une perle d’humour noir, où l’absurde le dispute à l’auto-dérision. Le capitaine y apparaît tour à tour comme un héros malgré lui, un philosophes des mers, ou simplement un type qui a du mal à faire la différence entre la proue et la poupe. « Note à moi-même : Demander à l’équipage ce que veut dire ‘tribord’. »
Mais derrière les rires, se cache une critique subtile de notre époque, où l’apparence prime souvent sur la compétence, et où l’improvisation est devenue une méthode de gestion à part entière. Le Costa Concordia, dans cette version revisitée, devient le symbole d’une société qui avance à l’aveugle, avec à sa tête des dirigeants aussi perdus que leur bateau.
Si vous aimez l’humour intelligent, celui qui pique là où ça fait mal (mais avec élégance), ce livre est fait pour vous. Olivier de Benoist prouve une fois de plus qu’il est l’un des rares auteurs capables de nous faire rire des pires travers humains… tout en nous y reconnaissant un peu.
En résumé : un journal de bord à lire d’urgence, de préférence avant de monter à bord d’un paquebot. Au cas où.