Depuis le début de l’année 2026, le détroit d’Ormuz est devenu le théâtre d’une crise géopolitique majeure, symbole des tensions croissantes entre l’Iran, les États-Unis et leurs alliés. Après des mois de négociations infructueuses sur le nucléaire iranien et une escalade militaire sans précédent, Donald Trump a franchi un cap en annonçant, le 13 avril 2026, un blocus maritime des ports iraniens. Objectif affiché : empêcher Téhéran de contrôler ce point de passage stratégique, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial. « On ne peut pas laisser l’Iran racketter le monde », a tonné le président américain, justifiant une mesure qui risque d’aggraver une situation déjà explosivetf1info.fr.
Pour Caroline Galactéros, géopolitologue et présidente du think-tank Geopragma, cette décision s’inscrit dans une logique de force et de dissuasion, mais aussi de paradoxe stratégique. Trump mise sur l’étouffement économique de l’Iran pour le forcer à céder sur le nucléaire. Pourtant, comme le souligne la spécialiste, « le blocus d’Ormuz risque d’éteindre certaines usines » en Europe, déjà fragilisée par les crises énergétiques successives. En effet, la Chine, premier partenaire commercial de l’Iran, continue de défier les sanctions américaines en maintenant ses échanges, tandis que des pétroliers sous pavillon chinois traversent toujours le détroit, malgré les menaces de Washington.
L’Iran, de son côté, n’a pas tardé à réagir. Qualifiant le blocus de « piraterie », Téhéran a menacé de cibler les ports du Golfe et de la mer d’Arabie, tout en posant des mines sous-marines pour perturber la navigation. Une réponse qui rappelle la résilience iranienne, mais aussi la limite des options américaines : comment Washington peut-il arraisonner un navire chinois sans déclencher un conflit ouvert avec Pékin ?
Dans ce contexte, Caroline Galactéros met en garde contre une escalade incontrôlable. Les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, qui ont coûté la vie au Guide suprême Ali Khamenei en février 2026, ont déjà poussé Téhéran à adopter une posture plus agressive. Trump, en comparant ses actions à Hiroshima et en promettant un « anéantissement total » du programme nucléaire iranien, joue avec le feu. Pour Galactéros, ces déclarations, bien que jugées « exagérées » par Téhéran, révèlent une stratégie du tout ou rien : soit l’Iran capitule, soit le risque d’un conflit régional, voire mondial, devient réel.
Enfin, cette crise pose la question du rôle de l’Europe. Alors que les industriels français s’inquiètent des répercussions économiques, la diplomatie européenne peine à proposer une alternative crédible. Comme le note Galactéros, « le déclin actuel de l’Europe s’explique par son manque d’ambition et d’autorité ». Face à l’affrontement des géants, l’Union européenne semble condamnée à subir, plutôt qu’à agir.
En conclusion, le détroit d’Ormuz est aujourd’hui bien plus qu’un enjeu énergétique : c’est un miroir des rapports de force mondiaux, où se jouent l’avenir du multilatéralisme, la crédibilité de la dissuasion américaine et la capacité de l’Iran à résister. Comme le rappelle Caroline Galactéros, dans un monde où la guerre est de retour, la paix ne se décrète pas – elle se construit, par la ruse autant que par la force.