IL A TENU TÊTE À DE GAULLE : POURQUOI LA FRANCE A OUBLIÉ GASTON MONNERVILLE?

En 1962, un homme osait tenir tête au général de Gaulle, au sommet de sa puissance. Cet homme, c’était Gaston Monnerville, président du Sénat, premier Noir à occuper une telle fonction en France. Pourtant, aujourd’hui, son nom est largement tombé dans l’oubli. Pourquoi la France a-t-elle effacé de sa mémoire ce républicain intraitable, symbole de résistance institutionnelle et de dignité politique ?

Né en Guyane en 1897, petit-fils d’esclaves, Gaston Monnerville incarne un parcours exceptionnel. Avocat brillant, député de Guyane à 35 ans, il devient président du Conseil de la République sous la IVe République, puis premier président du Sénat de la Ve République en 1958. C’est à ce titre qu’il joue un rôle clé lors du retour de de Gaulle au pouvoir, participant même à la rencontre nocturne de Saint-Cloud qui scelle l’accord entre les institutions et le Général.

Pourtant, l’alliance ne dure pas. Dès 1962, Monnerville s’oppose farouchement au référendum sur l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Pour lui, cette réforme, portée par de Gaulle, est une « forfaiture » : elle contourne le Parlement et déséquilibre les institutions au profit de l’exécutif. Son discours restera dans l’histoire : « Non, Monsieur le président de la République, vous n’avez pas le droit, vous le prenez. » Une phrase qui lui vaudra le surnom de « l’homme qui a dit non à de Gaulle ».

Son opposition n’est pas seulement institutionnelle, mais aussi philosophique. Monnerville défend un bicamérisme authentique, une démocratie parlementaire où le Sénat joue un rôle central. Il craint que la présidentialisation du régime ne menace les libertés publiques et l’équilibre des pouvoirs. Malgré la victoire du « oui » au référendum, il reste un symbole de la résistance républicaine, refusant toute compromission avec ce qu’il considère comme une dérive autoritaire.

Pourtant, après 1968, Monnerville quitte la présidence du Sénat et disparaît progressivement de la scène politique. Nommé au Conseil constitutionnel en 1974, il y siège jusqu’en 1983, avant de s’éteindre en 1991, dans une indifférence relative. Son héritage, pourtant immense, semble avoir été éclipsé par l’ombre de de Gaulle et par les bouleversements de la Ve République.

La France a-t-elle oublié Monnerville parce qu’il était Noir ? Parce qu’il incarnait une autre vision de la République, moins centralisatrice, plus attachée aux contre-pouvoirs ? Ou simplement parce que l’Histoire retient surtout les vainqueurs ? Ce qui est sûr, c’est que son combat pour la démocratie, son refus de la servitude volontaire et son attachement viscéral aux valeurs républicaines méritent d’être rappelés. Gaston Monnerville n’était pas seulement un opposant à de Gaulle : il était un défenseur acharné d’une certaine idée de la France, celle où la loi prime sur les hommes, et où la dignité ne se négocie pas.

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *