Doully découvre les sites de rencontres pour handicapés

Il y a des soirs où l’on tombe sur des trésors d’internet. Moi, c’était un mardi, entre deux arrêts cardiaques émotionnels devant mon réfrigérateur vide et une rediffusion de Groland. Je suis tombée sur une pub : « Sites de rencontres pour handicapés : trouvez l’amour sans vous fier aux apparences ». Et là, petite lumière. J’ai sorti ma carte de priorité (celle qui me fait couper les files au supermarché, ma plus grande fierté depuis ma maladie), j’ai posé mes mains tremblantes sur le clavier, et j’ai créé mon profil.

un max de vidéos buzz

Première étape : le pseudonyme. J’ai hésité entre « DoullyDu59 », « PiedCambréDu62 » et « StandUpGirlMalgréTout ». Finalement j’ai mis « voix-qui-fait-des-excès-de-vitesse », parce que ma voix rauque, c’est ma signature. Sans elle, je ne serais qu’une femme normale qui trébuche. Avec elle, je suis une femme anormale qui trébuche mais avec du charisme. Vous voyez la différence ? Moi non plus, mais ça sonne bien.

Deuxième étape : la description. « Femme, humoriste, maladie de Charcot-Marie-Tooth, tombe souvent mais toujours avec style, cherche quelqu’un pour rire d’elle et idéalement me rattraper ». J’ai envoyé ça. Réponse du site : « Veuillez renseigner votre handicap ». Ah. On est au stade de la paperasse. Moi qui ai galéré à obtenir ma carte handicapée, me revoilà devant un formulaire qui me demande de quantifier mes membres défaillants comme si je remplissais une fiche technique chez Peugeot. Options : « mobilité réduite », « moteur », « essence ». Non, celle-là je l’ai inventée, mais presque.

Évidemment, je n’ai pas pu m’empêcher de rire. Il faut dire que c’est ma thérapie. Le stand-up, la maladie, les ruptures : je transforme tout en blague. Desproges disait qu’on peut rire de tout, et moi j’ajoute qu’on doit surtout rire de ce qui nous tombe dessus dans mon cas littéralement, vu que je n’ai aucune stabilité sur mes pieds. Le plus dur, c’est de rester debout. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai choisi de faire du stand-up : l’ironie du sort, c’est mon cardio.

Et puis, il y a les profils. Des gens formidables. Un gars qui annonce fièrement : « chaise roulante de compétition, cherche partenaire pour marathons et raclettes ». Une fille qui précise : « handicap invisible, mais le vôtre aussi, puisque vous êtes sur un site de rencontre ». On sent qu’ici, personne ne joue au plus malin, on joue juste. Tout le monde arrive avec ses cannes, ses béquilles, et une envie démesurée d’être aimé comme tout le monde.

Le plus frappant, c’est qu’on y parle d’amour comme partout ailleurs. Mêmes grandes questions existentielles : pourquoi elle me ghoste ? Pourquoi il poste des photos de ses tibias ? Pourquoi je n’ai pas de réflexes depuis toute petite ? Enfin, celle-là je connais la réponse, c’est mon fil conducteur en spectacle.

Le vrai miracle de ces sites, c’est qu’ils ont compris une chose que les autres n’ont toujours pas pigée : l’amour n’a pas besoin de deux jambes solides. Il a juste besoin de deux personnes qui ont la parole facile et ça, moi, avec ma diction de clocharde, je gère.

Bref, sur ces belles paroles, je retourne sur mon profil. Il paraît qu’un fan de raclette m’a « likée ». Si je ne me relève pas, c’est que j’ai été émue et j’en connais qui riront de ça.

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