Il y a des secrets qui pèsent une tonne. Celui d’Edith Scaravetti, lui, a empesté une maison entière. Pendant 107 jours, cette mère de famille de 27 ans, auxiliaire de vie sans histoire, a vécu, dormi, cuisiné et élevé ses trois enfants… avec le cadavre de son compagnon caché dans son propre grenier.
Une disparition qui sent le soufre

Tout commence dans la nuit du 5 au 6 août 2014, dans le Tarn-et-Garonne. Laurent Baca, le compagnon d’Edith, meurt d’une balle de 22 long rifle tirée dans la tempe. Le corps est d’abord enterré à la va-vite dans le jardin, sous trente centimètres de terre. Mais en plein mois d’août, la chaleur fait son œuvre : l’odeur de décomposition inquiète une voisine, qui voit même des mouches « grosses comme un pouce » tourner autour de la maison. Edith panique, déterre le corps et le hisse, seule, par une trappe escamotable, jusque dans le grenier. Là, elle le coule dans du béton. Un macabre mausolée au-dessus des chambres d’enfants.
Le mensonge des « go fast »

Pendant quatre mois, la jeune femme tient un rôle de veuve éplorée devant la belle-famille et les enquêteurs : Laurent serait parti livrer des stupéfiants en Espagne, un « go fast » qui aurait mal tourné. Version crédible au premier abord — Baca aimait l’alcool et les excès — mais qui laisse perplexe : pourquoi tant de jours pour signaler la disparition ? Pourquoi la voiture et toutes ses affaires sont-elles restées sur place ? La famille du disparu multiplie les recherches, frappe à toutes les portes, lance des appels à témoins. Edith, elle, garde le silence. Un silence de plomb… littéralement.
« Je suis un monstre »

Le 20 novembre 2014, jour pour jour 107 jours après le drame, tout bascule. Les enquêteurs perquisitionnent la maison ; en pénétrant dans les lieux, ils sont frappés par une odeur de cadavre. Selon la famille du disparu, Edith se serait laissée tomber sur le lit conjugal en murmurant : « Je suis un monstre ». Le corps est découvert dans le grenier, prisonnier du béton.
Femme battue ou manipulatrice ?

Derrière ce fait divers glauque se cache une tragédie familiale. Aux assises de Toulouse, en mars 2018, la défense dépeint un « tyran domestique » : violences physiques, sexuelles et psychologiques, une emprise terrible. Les enfants du couple racontent même avoir vu leur père inanimé sur le canapé le jour de sa disparition, croyant qu’il dormait. Le procès évoque inévitablement l’affaire Jacqueline Sauvage, encore dans toutes les mémoires. Verdict initial clément : trois ans pour homicide involontaire. Mais en appel, à Montauban, la cour d’assises du Tarn-et-Garonne requalifie les faits en meurtre : dix ans de réclusion criminelle, le 17 mai 2019. Edith Scaravetti sort de prison à la mi-septembre 2021.
Une affaire qui hante encore

Comment vit-on 107 jours au-dessus du corps de l’homme qu’on a aimé, tué, enterré, déterré puis muré dans son propre grenier ? Comment fait-on connaissance, école, courses, sourires aux voisins, avec ce poids qui pourrit au-dessus de sa tête ? L’affaire Scaravetti continue de fasciner les amateurs de faits divers, entre indice négligé, bascule judiciaire spectaculaire et psychologie criminelle des plus troublantes. Une chose est sûre : dans cette maison, c’est le mort du mur qui a fini par parler.