L’été 1965, à New York, une affaire criminelle va marquer à jamais l’histoire judiciaire américaine. Alice Crimmins, une jeune mère de 26 ans, se réveille le 14 juillet dans son appartement de Kew Gardens, Queens. Ses deux enfants, Eddie, 5 ans, et Missy, 4 ans, ont disparu. La fenêtre de leur chambre est entrouverte, et un landau inconnu est rangé contre le mur. Les enfants, souvent habitués à s’échapper pour jouer dehors, ne sont ni dans leur lit, ni dans le voisinage. Alice, récemment séparée de son mari, Eddy Senior, alerte rapidement les voisins, puis la police.
Quelques jours plus tard, les corps des enfants sont retrouvés assassinés, à quelques jours d’intervalle, dans des terrains vagues. Aucun indice, aucune preuve matérielle ne relie Alice au crime. Pourtant, les enquêteurs, majoritairement catholiques et irlandais, se concentrent rapidement sur elle. Son mode de vie, sa beauté, sa séparation conflictuelle avec son mari, et ses relations amoureuses deviennent les éléments centraux de l’enquête. La presse s’empare de l’affaire, dépeignant Alice comme une mère indigne, voire monstrueuse, la surnommant la « Médée du Queens ».
Les procès qui suivent sont marqués par des irrégularités et des préjugés. Malgré l’absence de preuves accablantes, Alice est condamnée après deux procès en 1968 et 1971, principalement en raison de témoignages contestables et d’une instruction à charge. L’un des témoins affirme avoir vu Alice jeter un paquet dans une voiture, un autre évoque un complot pour faire tuer son fils. Pourtant, les charges contre d’autres suspects, comme son ex-mari ou des rôdeurs, sont abandonnées.
Alice Crimmins incarne alors le stéréotype de la mère coupable, un mythe qui persiste dans l’inconscient collectif. Son cas révèle aussi les biais de la justice et de la société américaine des années 1960 : misogynie, moralisme, et une presse avide de scandales. Libérée en 1977 après avoir purgé sa peine, elle disparaît sous une nouvelle identité, laissant derrière elle une affaire toujours non résolue.
Aujourd’hui, l’affaire Alice Crimmins reste un symbole des dérives judiciaires et médiatiques. Elle inspire encore livres, documentaires et débats sur la présomption d’innocence et le traitement des femmes dans les affaires criminelles. Son histoire, entre tragédie familiale et injustice, continue de fasciner et d’horrifier.