Dans le grand bazar de l’humour télévisé français, il y a des sketchs qu’on regarde, et d’autres qu’on savoure comme un bon canon de messe dominicale. « Le championnat de France cycliste du clergé » de Florent Peyre appartient évidemment à la seconde catégorie.
Présenté dans l’émission « On n’demande qu’à en rire » de Laurent Ruquier son 60ème passage, diffusé le 9 mai 2012, couronné d’un solide 18/20 : ce sketch s’empare d’un sujet aussi improbable qu’authentique : le championnat de France cycliste du clergé, une compétition bien réelle où prêtres, diacres et religieuses enfourchent leurs bicyclettes pour la gloire… et accessoirement pour la plus grande joie des caméras locales.
L’idée géniale : l’Eglise à vélo
Le point de départ est d’une simplicité désarmante : et si les hommes d’église, loin de leurs chaires et de leurs encensoirs, se livraient à une course cycliste endiablée ? Florent Peyre, faux journaliste sportif aux commandes d’une retransmission aussi solennelle qu’un Tour de France, commente la course avec une gravité disproportionate. Et c’est précisément là que tout fonctionne : le décalage entre le sérieux olympien du commentateur et l’absurdité de la situation.

Dans ce sketch collectif, Peyre est épaulé par une équipe de choc : Arnaud Cosson, Lamine Lezghad et Artus campent les coureurs en soutane. Chacun y va de son personnage le grand prêtre du sprint, le grimpeur du Tourmalet des fonts baptismaux, le chasseur de casseroles en quête d’échappée biblique. Les gags fusent, l’image du clergé en maillot de course fait mouche à chaque ligne de dialogue.
L’art de Peyre : le faux sérieux
Ce qui distingue Florent Peyre dans ce sketch, c’est sa capacité à rester droit dans ses bottes face au burlesque le plus total. Là où d’autres auraient cherché la grimace facile, lui joue la carte de la crédulité sportive totale. Le public est invité à croire un peu, beaucoup, à la folie à cette course sacrée, et c’est précisément ce contrat de confiance qui déclenche le rire.

Après tout, le bonhomme a du vécu : avant de faire rire la France entière, le Valencien a travaillé dans le milieu sportif, notamment le ski. Le sport, il connaît. Et ça s’entend dans chaque intonation de commentateur acharné, chaque silence de commentateur ému, chaque souvenir de lanceur de clémentines sportives.
Un moment d’époque
Au-delà du rire, ce sketch reste une belle pièce du puzzle « On n’demande qu’à en rire », cette émission qui a fait éclore toute une génération d’humoristes. Florent Peyre y a fait ses classes avant de devenir l’un des favoris du public français, entre scènes nationales et passages mémorables en première partie de l’émission du dimanche soir.
À déguster sans modération et pourquoi pas en roulant en vélo, soutane facultative.