Il y a des duels qu’on n’oublie jamais : David contre Goliath, Astérix contre les Romains… et Jackie Chan contre un cyborg indestructible. Oui, vous avez bien lu. Dans Bleeding Steel (2017), réalisé par Leo Zhang, notre cascadeur national chinois de 63 printemps se lance dans l’un des combats les plus absurdes et les plus réjouissants de sa carrière : l’homme contre la machine, le poing contre le métal, l’humour contre la bio-technologie.
L’histoire, autant la résumer d’une traite : Lin Dong (Jackie Chan) est un agent des forces spéciales hanté par un drame. Des années plus tôt, il a échoué à protéger une jeune femme porteuse d’un sérum révolutionnaire, capable de régénérer le corps humain. Le méchant du jour, un bandit repeint en surhomme par les biotechnologies, est devenu littéralement indestructible : ses cellules se reconstituent, ses membres se réparent, et son rictus de méchant de série B fait le reste. Face à lui, Jackie Chan et sa fille, avocate aussi coriace en tribunaux qu’au corps-à-corps, vont devoir rivaliser d’ingéniosité pour abattre l’imprenable.

Le génie de Jackie Chan, c’est qu’il n’a jamais eu besoin de cyborgs pour voler. Pendant des décennies, l’homme s’est jeté du haut des immeubles, a traversé des vitres, glissé sous des camions : le tout sans filet et avec ce sourire d’enfant espiègle qui faisait de lui le Charlie Chaplin des arts martiaux. Alors quand le cinéma moderne lui adjoint un adversaire d’acier et de cellules mutantes, la mayonnaise prend d’une façon étrange : c’est kitsch, c’est bancal, mais c’est généreux.

On ne va pas se mentir : Bleeding Steel n’échappera pas au panthéon des nanars assumés. Le scénario tient sur un coin de code, les effets numériques ont parfois le budget d’une aspirine, et la logique scientifique fait celle qui n’a pas entendu la question. Mais c’est précisément là tout le charme de la chose. Le film assume son délire ce qui, vous en conviendrez, tombe à pic sur mesdelires.com et propose un spectacle à l’ancienne : des cascades réelles, des bagarres chorégraphiées avec soin, et un Jackie Chan visiblement heureux de jouer les papas poules en costard.

La vraie prouesse, c’est le message sournois qui court sous la surface. À l’heure où la technologie promet l’immortalité, le film oppose la chair fragile, mais vivante, au mythe de la machine parfaite. Et c’est la chair qui gagne pas parce qu’elle est plus forte, mais parce qu’elle a un cœur. Un peu gnangnan ? Assurément. Mais après tout, c’est Jackie : même ses gnangnan sont des gnangnan d’action.

Pour le spectateur français amateur de cinéma de genre, le film est visible en version originale sous-titrée comme en VF. Attention toutefois à la question du droit : vérifiez la légalité de votre source avant tout visionnage. Les plateformes de streaming gratuites proposent parfois ce type de film, mais toutes ne sont pas à jour de leurs droits pour la France.

En résumé : Bleeding Steel, c’est la version cyberpunk à petit budget de Jackie Chan du spectacle, du flegme, des cascades, et un cyborg vilain beau. Pas le meilleur Chan, mais peut-être le plus drôle à regarder entre amis. Comme on dit au fond du dojo : le métal rouille, le kung-fu, lui, se transmet.