L’extrême droite prépare un coup d’état institutionnel

Un coup d’État, traditionnellement, ça se fait au petit matin, avec des chars dans les rues et des communiqués à la radio. Mais le coup qui se prépare aujourd’hui en France est d’une tout autre nature : il est propre, légal en apparence, habillé en costume-cravate. Il ne renversera pas la République d’un coup de force il proposera plutôt de la réécrire de l’intérieur, bulletin de vote à l’appui. C’est précisément ce qui le rend si dangereux.

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Le projet est maintenant sur la table. Le Rassemblement national promet, s’il accède à l’Élysée en 2027, un référendum sur l’immigration qui serait en réalité une révision constitutionnelle en profondeur. Derrière ce titre anodin se cache une machine de guerre juridique : inscrire dans la Constitution la « priorité nationale », héritée de la préférence nationale de Jean-Marie Le Pen, c’est-à-dire des droits différenciés selon l’origine. Supprimer le droit du sol, restreindre l’asile et le regroupement familial, faire de la Constitution la norme supérieure à tous les engagements internationaux de la France. En moins de cent jours, une « révolution nationale » pourrait être gravée dans le marbre, difficilement réversible même si le RN quittait ensuite le pouvoir.

L'extrême droite prépare un coup d'état institutionnel

L’arme favorite de cette manœuvre, c’est le référendum de l’article 11, détourné pour contourner le Congrès et, surtout, le Conseil constitutionnel. Des constitutionnalistes alertent depuis des mois : ce dispositif permettrait à une simple majorité ponctuelle de réécrire les règles du jeu sans garde-fou. On basculerait alors dans quelque chose de « vertigineux », selon le mot d’un professeur de droit de Sciences Po. Car une Constitution ne sert pas à figer l’humeur d’un moment ; elle protège les minorités, organise l’équilibre des pouvoirs. La déformer pour interdire des droits, c’est la trahir.

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À cet échafaudage juridique s’ajoute un travail de sape plus discret, mais tout aussi méthodique : la délégitimation systématique des institutions elles-mêmes. Condamnée deux fois par la justice, Marine Le Pen a pris pour cible les juges et l’État de droit, reprenant un discours antisystème éprouvé. Chaque condamnation devient une « persécution », chaque contrôle de constitutionnalité un « coup des élites ». L’extrême droite n’arrive jamais seule au pouvoir : elle a besoin de complicités politiques, médiatiques, économiques et surtout d’un climat où les contre-pouvoirs sont discrédités à l’avance, pour qu’aucune digue ne résiste le jour venu.

L'extrême droite prépare un coup d'état institutionnel

L’histoire, d’ailleurs, a déjà donné la leçon : Hitler est arrivé au pouvoir par un vote légal du Reichstag, Pétain a été investi par le Parlement français. Les démocraties ne meurent presque jamais par assault frontal ; elles meurent par Articles ratifiés un à un, sous les applaudissements de ceux qui croient voter pour la fermeté et découvrent trop tard qu’ils ont voté pour la cage.

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Alors que faire ? D’abord, nommer les choses : c’est bien d’un coup d’État institutionnel qu’il s’agit, fût-il parlementaire et plébiscitaire. Ensuite, défendre les institutions sans les idéaliser elles méritent mieux que la défiance boudeuse comme l’adoration naïve. Enfin, rappeler qu’une Constitution n’est pas un catalogue de slogans, mais le socle commun qui permet précisément de vivre ensemble malgré nos désaccords. La démocratie n’est pas un acquis, c’est un travail quotidien. Et le rendez-vous de 2027 se prépare dès maintenant dans les urnes, dans la rue, dans les têtes. Le droit de regard du citoyen, lui, ne se referendum pas.

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