mama : chronique de Doully

Être mère, c’est un peu comme essayer de monter un meuble IKEA sans notice : on se retrouve avec des vis en trop, des pièces qui ne s’emboîtent pas, et une envie soudaine de tout balancer par la fenêtre. Sauf que, contrairement au meuble, on ne peut pas rendre les enfants après 30 jours. C’est dans ce joyeux bordel que Doully, autrice et illustratrice, plante le décor de sa chronique Mama, un ovni littéraire qui parle de maternité sans filtre, sans mièvrerie, et surtout, sans culpabiliser.

La maternité, version « je survit et c’est déjà bien »

Dans Mama, Doully balance des tranches de vie qui sentent le lait caillé et les nuits blanches. Pas de mères parfaites en jupe cirée ici, mais des femmes qui gèrent comme elles peuvent entre les crises de loulou, les tâches ménagères qui s’accumulent comme des mails non lus, et cette petite voix intérieure qui murmure : « Mais pourquoi j’ai cru que c’était une bonne idée ? »

Ce qui frappe, c’est le réalisme. Pas celui des magazines parentaux qui vous vendent du rêve avec des bébés souriants et des maisons immaculées, non. Celui qui vous fait rire jaune en reconnaissant vos propres galères : le biberon oublié dans le micro-ondes, la lessive qui attend depuis trois jours, ou ce moment où tu réalises que tu as passé la journée en pyjama et que ton seul contact social a été avec le livreur Amazon.

L’humour comme exutoire

Doully utilise l’humour comme une arme de survie massive. Parce que rire de ses échecs, c’est déjà une victoire. Elle parle de ces instants où on se sent démunie, où la fatigue te fait dire des trucs bizarres à ton enfant (« Non, mon chéri, les carottes ne poussent pas dans le frigo »), et où la seule chose qui te maintient debout, c’est la perspective d’un café… ou d’un verre de vin, selon l’heure.

Son style ? Un mélange de dessins qui en disent long et de textes courts, percutants. Pas besoin de longues phrases alambiquées pour décrire l’épuisement : un crayonné de mère affalée sur le canapé, entourée de jouets et de paquets de gâteaux entamés, suffit à résumer l’ambiance.

Une chronique qui libère la parole

Ce qui est génial avec Mama, c’est qu’elle brise le mythe de la mère héroïque. Celle qui gère tout, tout le temps, avec le sourire. Doully assume ses doutes, ses colères, ses moments de lassitude, et ça fait un bien fou. Parce que lire qu’une autre mère a aussi envie de fuir en laissant tout en plan, ça rassure. On n’est pas des monstres, on est juste humaines.

Et puis, il y a cette solidarité implicite entre les lectrices. Celle qui te fait dire : « Ah, elle aussi elle a fait semblant de ne pas voir la purée collée au mur ? » ou « Enfin quelqu’un qui avoue que les activités manuelles avec les enfants, c’est l’enfer ! »

Pourquoi on adore (et pourquoi ça fait du bien)

Mama n’est pas un guide parental. C’est un miroir tendu à toutes les mères qui se sentent parfois (souvent) dépassées. Un miroir qui ne renvoie pas une image lissée, photoshopée, mais une version authentique, avec ses rides, ses cernes et ses cheveux gras.

Lire Doully, c’est comme discuter avec une copine qui te dit : « Ouais, c’est la merde, mais t’inquiète, t’es pas seule. » Et ça, c’est précieux.

Alors, si tu cherches un livre qui te parle de maternité sans te donner envie de tout plaquer, Mama est fait pour toi. À condition d’accepter une chose : après l’avoir lu, tu auras encore plus de mal à faire semblant d’être une mère parfaite. Mais franchement, qui en a encore envie ?

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