Dans sa chronique « 1 million de nouvelles étoiles », Célia Pelluet, physicienne au CNES et humoriste, dénonce avec ironie et finesse un phénomène aussi absurde qu’inquiétant : la privatisation du ciel nocturne. Oui, vous avez bien lu. Alors que l’humanité a longtemps levé les yeux vers les étoiles pour rêver, s’orienter ou simplement s’émerveiller, une poignée de milliardaires s’est mis en tête de « peupler » l’orbite terrestre de satellites, au point de transformer notre voûte céleste en un écran publicitaire géant.
« Les milliardaires pourrissent même le ciel de nuit », lance-t-elle avec ce mélange de désespoir et de sarcasme qui la caractérise. Derrière cette phrase choc, une réalité : les méga-constellations de satellites, comme celles de SpaceX ou d’autres acteurs du New Space, multiplient les points lumineux artificiels dans le ciel. Résultat ? Une pollution lumineuse 2.0, qui ne se contente plus d’éteindre les étoiles depuis le sol, mais les noie sous un déluge de reflets métalliques. Pour les astronomes, amateur·rices ou professionnel·les, c’est une catastrophe. Pour les rêveur·ses, une spoliation.
Célia Pelluet, qui passe ses journées à étudier l’espace et ses nuits à en rire sur scène, rappelle que le ciel est un patrimoine commun. « On nous prive d’une richesse sensorielle au nom d’une richesse insensée », résume-t-elle. Derrière l’humour, la colère est palpable : comment accepter que quelques-uns s’approprient ce qui, par définition, appartient à tous ? Les étoiles, ces repères universels, ces symboles d’infini et de liberté, deviennent-elles des biens de consommation, réservés à celles et ceux qui peuvent se payer un télescope dernier cri ou un billet pour l’espace ?
Pire encore, cette course effrénée aux satellites menace la recherche scientifique. Les télescopes terrestres, déjà perturbés par la lumière des villes, doivent désormais composer avec des trainées lumineuses qui traversent leurs clichés du cosmos. Les données se dégradent, les découvertes se font plus rares, et l’humanité perd peu à peu le fil de ses origines. « On remplace la poésie par des pixels », déplore Pelluet, non sans une pointe de nostalgie pour ces nuits où le ciel était encore un livre ouvert.
Pourtant, face à ce constat, l’humoriste ne sombre pas dans le défaitisme. Elle appelle à la résistance, avec ce ton décalé qui fait sa marque de fabrique : et si on se réappropriait le ciel ? En éteignant les lumières inutiles, en exigeant des régulations strictes pour les lancements de satellites, ou simplement en prenant le temps de regarder vers le haut, sans filtre ni écran. « Le ciel, c’est le dernier endroit où l’on peut encore voir l’infini sans payer », rappelle-t-elle. À nous de le défendre.