j ai failli me battre dans une boulangerie
J’ai failli déclencher une émeute… pour une baguette trop cuite
C’était un matin comme les autres. Enfin, presque. J’avais décidé de me lever tôt pour acheter du pain frais, histoire de jouer à la parfaite maîtresse de maison. Spoiler : ça s’est mal passé.
Dès mon entrée dans la boulangerie, j’ai senti que quelque chose clochait. L’odeur du pain chaud, d’habitude si réconfortante, était remplacée par un parfum de carbonisation. J’ai jeté un regard suspicieux vers le comptoir. Là, trônait une montagne de baguettes aussi noires que l’âme d’un chaton abandonné. « Bonjour, une baguette, s’il vous plaît », ai-je demandé avec un sourire forcé. La boulangère, visiblement pressée, m’en a tendu une en me regardant comme si j’étais une intruse venue voler ses secrets de fabrication.
C’est là que tout a basculé.
« Elle est un peu cuite, non ? » ai-je osé murmurer, en désignant la croûte qui ressemblait étrangement à du charbon. La boulangère a levé un sourcil. Un sourcil qui en disait long : « Toi, ma petite, tu vas regretter d’avoir ouvert la bouche. » J’ai insisté, bêtement, en ajoutant : « C’est normal qu’elle soit aussi… croustillante ? » À ce moment-là, le temps s’est arrêté. Les clients autour de moi ont retenu leur souffle. Un vieux monsieur a même lâché son croissant.
« C’est comme ça qu’on les aime ici, madame », a-t-elle rétorqué, les mains sur les hanches. J’ai senti monter en moi une colère irrationnelle, comme si elle venait d’insulter ma famille. « Comme ça ? Mais c’est immangeable ! » ai-je répliqué, brandissant la baguette comme une épée. La boulangerie s’est transformée en arène. Des regards hostiles se sont braqués sur moi. Une dame a chuchoté : « Elle est pas d’ici, celle-là. »
J’ai compris trop tard que j’avais commis l’irréparable : critiquer une baguette en France, c’est comme insulter la Tour Eiffel. J’ai reculé lentement, la baguette à la main, sous les murmures outragés. « On va se calmer, hein ! » a grogné un client en me bousculant. J’ai payé en vitesse et je me suis enfuie, honteuse, avec mon butin carbonisé.
De retour chez moi, j’ai tenté de sauver les apparences en grattant la croûte avec un couteau. Résultat : j’ai fini avec une poignée de miettes et une crise existentielle. Depuis, je vais chez le boulanger en mode ninja : je prends, je paie, je souris, et surtout, je ne dis plus rien. Parce qu’en France, on ne plaisante pas avec le pain. Même quand il ressemble à un projet de barbecue raté.
Morale de l’histoire ? Parfois, il vaut mieux manger du pain de mie. Au moins, lui, il ne vous attire pas les foudres d’un village entier.
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