engourdissement psychique (chronique de Samah Karaki et Akim Omiri)
Dans Engourdissement psychique chronique, Samah Karaki et Akim Omiri explorent une notion aussi subtile qu’omniprésente : cet état de torpeur émotionnelle et mentale qui s’installe insidieusement dans nos existences. À travers une analyse clinique et théorique, les auteurs décryptent les mécanismes de cette « anesthésie de l’âme », où les individus, submergés par les exigences de la modernité, perdent peu à peu contact avec leurs désirs, leurs émotions, voire leur propre réalité.
L’ouvrage s’appuie sur des cas cliniques poignants pour illustrer comment le stress, la sursollicitation numérique, ou encore l’isolement social peuvent engendrer une forme de paralysie intérieure. Les auteurs y dépeignent une société où l’hyperconnectivité rime avec déconnexion de soi, où l’accumulation de stimuli extérieurs étouffe la capacité à ressentir, à penser, voire à exister pleinement. Leur approche, à la croisée de la psychanalyse et de la philosophie, invite à une remise en question profonde de notre rapport au temps, au travail, et aux autres.
Ce qui frappe dans ce livre, c’est sa capacité à nommer l’indicible : cette sensation de « vivre à côté de sa vie », comme un spectateur passif de son propre destin. Karaki et Omiri ne se contentent pas de dresser un constat alarmant ; ils proposent des pistes pour sortir de cet engourdissement, en réapprenant à écouter ses affects, à tolérer le vide, et à réinvestir le lien humain.
Destiné aussi bien aux professionnels de la santé mentale qu’au grand public, cet essai est une lecture essentielle pour quiconque s’interroge sur les maux invisibles de notre époque. Il rappelle que la souffrance psychique ne se réduit pas à des symptômes cliniques, mais peut aussi se nicher dans l’absence même de symptômes – dans ce « trop plein de rien » qui caractérise souvent notre quotidien.
À l’heure où le burn-out et la dépression font la une des médias, Engourdissement psychique chronique offre une grille de lecture originale et nécessaire. Un livre qui dérange, car il nous renvoie à notre propre responsabilité : et si notre mal-être venait aussi de notre refus de voir, de sentir, et d’agir ?
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