Pierre Messmer : héros en France bourreau au Cameroun
Pierre Messmer (1916-2007) reste une figure controversée de l’histoire française. Résistant de la première heure, il s’illustre pendant la Seconde Guerre mondiale en rejoignant les Forces françaises libres et en participant à des batailles emblématiques comme Bir Hakeim. En France, il est célébré comme un héros gaulliste, ministre des Armées pendant neuf ans puis Premier ministre sous Pompidou, et membre de l’Académie française. Son engagement pour la grandeur de la France et son rôle dans la modernisation de l’armée lui valent une reconnaissance nationale durable.
Pourtant, son passage au Cameroun, où il fut haut-commissaire de 1956 à 1958, révèle une face plus sombre. Nommé en pleine guerre d’indépendance, Messmer est chargé de « pacifier » le territoire, alors en proie à une rébellion menée par l’Union des populations du Cameroun (UPC). Selon des historiens et ses propres mémoires, il orchestrerait une répression violente contre les indépendantistes, avec pour objectif d’éliminer politiquement et militairement ceux qui réclamaient l’indépendance avec le plus de fermeté. La France, sous sa direction, aurait ainsi favorisé une transition contrôlée vers l’indépendance, en soutenant des nationalistes modérés et en marginalisant les mouvements radicaux. Des témoignages et archives révèlent des exactions commises par les forces françaises et locales sous son autorité, notamment dans les régions Bassa et Bamiléké, où des villages entiers furent détruits.
Messmer incarne donc un paradoxe : en France, il est honoré pour son service à l’État et son attachement aux valeurs républicaines ; au Cameroun, il est associé à une période de violence coloniale et de répression. Son héritage soulève des questions sur la responsabilité de la France dans les décolonisations africaines et sur la mémoire sélective de ses « grands hommes ». Alors que la France célèbre ses héros, le Cameroun n’a pas oublié le soldat qui, au nom de la « mission civilisatrice », a contribué à écraser les aspirations indépendantistes les plus radicales.
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