Accrochez vos ceintures : si vous pensiez que votre famille était cinglée, attendez de découvrir les Kobayashi ! Crazy Family (titre original Gyakufunsha kazoku, littéralement « la famille kamikaze »), c’est la comédie japonaise la plus déjantée des années 80, un petit missile punk lancé en pleine figure du cinema nippon — et vous pouvez désormais le voir en français, ici même.
Un film culte venu du Japon
Réalisé en 1984 par Sogo Ishii, le mauvais garçon du cinéma japonais déjà célèbre pour Crazy Thunder Road et Burst City, Crazy Family a fait Pschtt sur la sacro-sainte institution familiale comme un pétard mouillé sur un tatami. Le film a même été sélectionné au Festival de Berlin, preuve qu’on peut rire très noir et être sérieusement respecté.

Le pitch tient en trois lignes, et c’est déjà le début de la folie : Katsukuni Kobayashi est sur un petit nuage. Il vient d’acheter un pavillon flambant neuf en banlieue de Tokyo et d’y installer sa petite famille : sa femme, son fils, sa fille. Rien ne pourra plus leur arriver, la maison, c’est la réussite ! Sauf que voilà… le grand-père débarque avec ses souvenirs de la guerre, les termites rongent le plancher, la fille collectionne les crabes géants dans sa chambre, et chacun commence doucement, puis franchement, à perdre la boule.
Une satire qui mord
Sogo Ishii transforme ce pavillon de banlieue en arène de foire : la folie monte d’un cran à chaque scène, et ce qui commençait en comédie de quartier finit en jeu de massacre jubilatoire et absurde. Loin des comédies sages, Crazy Family est une satire sociale mordante de la famille japonaise moderne, de ses tabous, de l’obsession de la propriété et du bonheur sur catalogue. Une maison propre, un travail stable, des enfants studieux ? Du vernis, tout ça. Grattez un peu : la folie affleure.

Le cinéaste Takashi Miike a d’ailleurs revendiqué cette influence pour son propre Visitor Q. Si vous avez aimé ce dernier, vous tenez ici sa source d’inspiration — en un peu plus regardable pour les âmes sensibles.
Pourquoi le voir aujourd’hui ?
Parce qu’il ne ressemble à rien d’autre, tout simplement. La mise en scène survoltée, l’énergie punk de la nouvelle vague japonaise, l’humour noir distillé avec une précision d’horloger suisse : Crazy Family est de ces œuvres qu’on ne quitte pas indemne. Les acteurs — Katsuya Kobayashi, Mitsuko Baisho, la jeune Youki Kudoh — y sont formidables, chacun campe un portrait de fou avec un sérieux désopilant.

Redécouvert en France grâce à une ressortie en salles et une restauration 2K, le film s’est imposé comme un objet culte pour les amateurs de cinéma extrême et drôle à la fois. Une comédie dramatique de 1h47, noire, grinçante, énergique — à mi-chemin entre la satire familiale et le grand n’importe quoi assumé.
Alors installez-vous confortablement, coupez le téléphone (le grand-père, lui, n’a de toute façon jamais compris cette technologie), et laissez-vous porter par cette descente aux enfers domestique, hilarante et féroce. Une chose est sûre : après Crazy Family, vous ne regarderez plus jamais votre pavillon — ni votre beau-père — du même œil.
Bon délire à tous, et n’oubliez pas : dans cette famille, le mot « normal » a été éradiqué à la première scène.