L’édito d’Eliot Deval : Désarmement de la police : B. Bagayoko rétropédale?

Depuis son élection en mars 2026, Bally Bagayoko, nouveau maire LFI de Saint-Denis, a fait du désarmement de la police municipale l’un des symboles de son mandat. Pourtant, entre annonces tonitruantes et ajustements discrets, la réalité semble plus nuancée que prévu.

Dès sa prise de fonctions, Bagayoko avait annoncé vouloir engager un « processus de désarmement » de la police municipale, en commençant par les lanceurs de balles de défense (LBD), qu’il qualifiait d’armes « difficilement contrôlables » et aux « conséquences parfois dramatiques ». Une position en phase avec la ligne historique de La France insoumise, qui prône une police de proximité et une réduction de l’arsenal sécuritaire. « Nous allons entrer dans un processus de désarmement, mais ce n’est pas une mesure immédiate », avait-il précisé, soulignant la nécessité de prudence pour une ville de 150 000 habitants.

Pourtant, à peine quelques semaines plus tard, le ton a changé. Dans un entretien accordé au Monde le 17 avril 2026, Bagayoko a nuancé ses propos : les policiers municipaux « resteront armés », même si le port de leur arme ne sera pas systématique pour toutes les missions. Quant aux LBD, ils ne seront pas retirés, mais simplement « pas utilisés dans l’espace public », sauf circonstances exceptionnelles. « Ils restent dans la voiture, sauf si les circonstances le requièrent », a-t-il expliqué. Une volte-face qui a surpris beaucoup d’observateurs, alors que la droite et une partie de la gauche avaient déjà critiqué son projet initial, y voyant une menace pour la sécurité des agents et des habitants.

Ce revirement s’inscrit dans un contexte tendu. Dès l’annonce du désarmement, des rumeurs de départs massifs de policiers municipaux avaient circulé, évoquant jusqu’à 90 agents prêts à quitter la ville. Bagayoko a démenti ces « fake news », mais a reconnu que la question de l’armement divise. « On ne dirige pas une ville de 150 000 habitants comme une commune de 2 000 habitants », a-t-il justifié, rappelant que la police municipale de Saint-Denis n’était pas armée avant 2020.

Alors, rétropédalage ou pragmatisme ? Bagayoko assure qu’il s’agit d’une approche progressive, adaptée aux réalités du terrain. Mais pour ses détracteurs, cette évolution montre les limites d’un programme politique confronté à la gestion concrète d’une grande ville. Entre idéaux et contraintes, le maire de Saint-Denis semble chercher un équilibre, tout en maintenant le cap de ses convictions. Une chose est sûre : le débat sur le désarmement de la police municipale est loin d’être clos.

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *