Pierre Thevenoux : Régions françaises, papi mort, et migrants

Il y a des sujets qui fâchent, des sujets qui divisent, et puis il y a la raclette. Ce plat convivial, symbole de la France profonde, est en train de vivre une révolution silencieuse : le fromage fondant, jadis roboratif et bien de chez nous, se voit peu à peu remplacé par des alternatives « inclusives ». Et bien sûr, comme pour toute évolution sociétale, certains y voient la fin du monde, tandis que d’autres s’en frottent les mains en attendant leur tour de fromage à pâte molle sans lactose.

La France, pays des droits de l’homme et du camembert, assistait jusqu’ici, impassible, à la disparition lente de ses boucheries-charcuteries au profit de kebabs et de snacks « healthy ». Mais là, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le plateau de fromages : des supermarchés osent proposer de la raclette végétale, voire halal, sous prétexte que « tout le monde a le droit de fondre ». Pire, certains osent même parler de « raclette vegan », comme si le fromage pouvait exister sans vache, sans brebis, sans cette alchimie sacrée qui fait de la France le dernier rempart contre la barbarie culinaire.

Pierre, 68 ans, retraité du BTP et spécialiste autoproclamé de la « vraie France », ne décolère pas : « De mon temps, on mangeait du fromage qui puait, et on était fiers ! Maintenant, il faut faire attention à ne pas froisser les végétariens, les intolérants au lactose, les halal… Mais où va-t-on ? Bientôt, il faudra demander la permission pour manger un saucisson ! » Son petit-fils, lui, s’en moque : il a découvert que la raclette sans fromage, c’était juste des pommes de terre avec une noix de beurre. « C’est pas mal », avoue-t-il, sous le regard horrifié de son papi.

Les migrants, eux, s’adaptent. Ahmed, installé en Auvergne depuis cinq ans, a ouvert un food-truck de raclette… mais avec du fromage de chèvre et des épices orientales. « Les Français adorent, dit-il. Ils râlent un peu au début, mais après deux verres de vin, tout le monde est content. » Preuve que l’intégration, parfois, passe par l’estomac.

Alors, faut-il avoir peur du Grand Remplacement des Fromages ? Probablement pas. La France a toujours su absorber les influences extérieures pour mieux les digérer. Après tout, la tomate vient d’Amérique, la pâte à tarte des Arabes, et le croissant… bon, celui-là, on va pas en reparler. Mais une chose est sûre : si un jour la raclette disparaît, ce ne sera pas à cause des migrants ou des vegans. Ce sera parce qu’on aura enfin compris que manger du fromage fondu à 2h du matin, ce n’est pas très bon pour la santé.

En attendant, une seule question reste en suspens : et si le vrai problème, c’était le manque de pain à raclette ?

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