Sorti en 2019, L’Assistante (The Assistant), réalisé par Kitty Green, est un film poignant qui plonge le spectateur dans une journée de travail d’une jeune femme, Jane, interprétée avec justesse par Julia Garner. Ce long-métrage, souvent associé au mouvement #MeToo, se distingue par son approche minimaliste et son réalisme glaçant. Contrairement aux thrillers classiques, il ne mise pas sur des scènes spectaculaires ou violentes, mais sur une tension sourde, une atmosphère oppressante qui révèle, petit à petit, l’horreur ordinaire du harcèlement moral et de l’exploitation au travail.
L’histoire suit Jane, fraîchement diplômée et ambitieuse, qui vient d’être embauchée comme assistante d’un puissant dirigeant dans l’industrie du divertissement. Sa journée est rythmée par des tâches banales : préparer le café, gérer les plannings, organiser les déplacements. Pourtant, derrière cette routine apparente se cachent des pressions constantes, des humiliations déguisées et une solitude écrasante. Jane est la première arrivée et la dernière partie, toujours disponible, toujours efficace, mais aussi toujours invisible aux yeux de ses collègues et de son patron. Le film montre avec une précision chirurgicale comment le pouvoir absolu peut corrompre et détruire, sans qu’aucune parole ne soit jamais explicitement prononcée.
Kitty Green s’inspire de témoignages réels, notamment ceux recueillis auprès d’employés de sociétés comme Miramax, pour construire un récit universel et intemporel. Le scénario, dépourvu de musique ou d’effets dramatiques, repose entièrement sur la performance des acteurs et la mise en scène sobre. Julia Garner incarne à la perfection cette jeune femme tiraillée entre son ambition et son sentiment d’impuissance. Son jeu subtil, où chaque regard ou hésitation en dit long, renforce l’immersion du spectateur dans son quotidien étouffant.
L’Assistante n’est pas un thriller au sens traditionnel. Il n’y a ni course-poursuite ni rebondissement spectaculaire. Pourtant, la tension est palpable à chaque scène. Le film interroge : comment réagir face à l’injustice quand on est isolé, quand on a tout à perdre ? Jane, malgré ses doutes, tente de signaler les comportements inacceptables, mais se heurte à un mur de silence et de complicité passive. Le message est clair : le harcèlement moral ne se limite pas à des actes isolés, il s’insinue dans les routines, les non-dits, et la peur de perdre son emploi.
En conclusion, L’Assistante est un film nécessaire, qui invite à réfléchir sur les mécanismes de l’abus de pouvoir et la responsabilité collective. Il rappelle que le courage de parler est souvent la seule arme contre l’oppression, mais aussi que ce courage a un prix. À voir pour son réalisme, son intelligence narrative et la performance remarquable de Julia Garner.