Trump et Iran : chronique de Richard Sabak

Depuis son arrivée sur la scène politique américaine, Donald Trump a marqué l’histoire des relations internationales par son style provocateur et ses décisions radicales. Parmi les dossiers les plus explosifs de sa présidence, celui de l’Iran occupe une place centrale. Entre menaces, sanctions, et tentatives de négociation, la politique de Trump envers Téhéran a été un mélange de contradictions, de calculs politiques et de coups de théâtre.

L’Héritage de l’Accord Nucléaire

En 2015, sous la présidence de Barack Obama, les États-Unis, l’Iran et cinq autres grandes puissances signent le Plan d’action global commun (PAGC), plus connu sous le nom d’accord nucléaire iranien. Cet accord, censé limiter le programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions économiques, est salué comme une avancée diplomatique majeure. Pourtant, dès sa campagne électorale, Trump n’a de cesse de le critiquer, le qualifiant de « pire accord de l’histoire ».

En mai 2018, il concrétise ses menaces en annonçant le retrait unilatéral des États-Unis de l’accord. Cette décision, prise contre l’avis de la plupart des alliés américains, marque le début d’une escalade sans précédent. Les sanctions économiques contre l’Iran sont rétablies, asphyxiant une économie déjà fragile.

La Stratégie du « Maximum Pressure »

Trump et son équipe, notamment le secrétaire d’État Mike Pompeo et le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, adoptent une doctrine baptisée « maximum pressure ». L’objectif ? Forcer l’Iran à renégocier un accord plus strict, incluant non seulement des restrictions nucléaires, mais aussi des limitations sur son programme balistique et son influence régionale.

Les conséquences sont immédiates : l’Iran, privé de ses principales sources de revenus pétroliers, plonge dans une crise économique profonde. La monnaie iranienne, le rial, s’effondre, et le mécontentement social grandit. Pourtant, loin de plier, Téhéran répond par une stratégie de résistance et de provocation. Les attaques contre des pétroliers dans le golfe Persique, les frappes sur des bases américaines en Irak, et l’assassinat du général Qassem Soleimani en janvier 2020 par une frappe de drone américain, portent les tensions à leur paroxysme.

Un Jeu Dangereux

L’assassinat de Soleimani, figure emblématique des Gardiens de la révolution iranienne, est un tournant. Pour la première fois depuis des décennies, les États-Unis et l’Iran semblent au bord d’un conflit ouvert. Les représailles iraniennes, sous forme de frappes de missiles sur des bases abritant des soldats américains, montrent que Téhéran ne restera pas sans réponse. Pourtant, malgré les craintes d’une guerre généralisée, les deux camps semblent éviter l’affrontement direct, préférant une guerre par procuration au Moyen-Orient.

Trump, malgré ses discours belliqueux, semble conscient des risques. Il évite une escalade militaire majeure, préférant miser sur les sanctions et la pression économique. Une stratégie qui, selon ses détracteurs, a surtout servi à affaiblir l’Iran sans pour autant l’amener à la table des négociations.

Un Bilan Mitigé

À la fin de son mandat, le bilan de Trump sur l’Iran est contrasté. D’un côté, les sanctions ont effectivement affaibli l’économie iranienne et limité ses capacités militaires. De l’autre, l’Iran a repris son programme d’enrichissement d’uranium, se rapprochant davantage de la capacité nucléaire que jamais depuis 2015. Pire, les tensions régionales ont explosé, avec des conséquences humanitaires dramatiques, notamment au Yémen et en Syrie.

La politique de Trump a aussi isolé les États-Unis sur la scène internationale. Les alliés européens, attachés à l’accord nucléaire, ont tenté de le sauver, créant un mécanisme de troc (INSTEX) pour contourner les sanctions américaines. Même la Chine et la Russie, traditionnellement méfiantes envers l’Iran, ont condamné le retrait américain.

Et Maintenant ?

Avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, une nouvelle page semble s’ouvrir. Biden, qui était vice-président lors de la signature de l’accord en 2015, a exprimé sa volonté de réintégrer le PAGC, à condition que l’Iran respecte à nouveau ses engagements. Pourtant, après des années de méfiance et de tensions, le chemin vers un retour à la diplomatie s’annonce semé d’embûches.

L’héritage de Trump sur l’Iran est donc celui d’un paradoxe : un président qui a voulu montrer sa force, mais dont les actions ont souvent produit l’effet inverse. Entre provocations et reculs, sanctions et menaces, la politique de Trump envers l’Iran restera comme un exemple frappant de l’art de la diplomatie par la force, avec tous les risques que cela comporte.

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