les légumes n’existent pas (chronique Albert Moukheiber)
Les légumes n’existent pas : une remise en question culinaire et scientifique
Dans une chronique aussi provocante qu’éclairante, le neuroscientifique Albert Moukheiber s’attaque à une évidence apparente : les légumes n’existent pas. Du moins, pas en tant que catégorie biologique ou scientifique. Ce terme, ancré dans notre langage quotidien, relève davantage de la culture culinaire que de la botanique. En effet, ce que nous appelons « légume » est souvent une question de tradition, de cuisine et même de marketing, bien plus que de classification naturelle.
D’un point de vue botanique, les plantes que nous qualifions de légumes sont en réalité des fruits, des feuilles, des racines ou des tiges. La tomate, par exemple, est un fruit, tout comme le concombre ou l’avocat. À l’inverse, la rhubarbe, souvent utilisée comme un fruit en pâtisserie, est en réalité une tige. Cette confusion illustre parfaitement l’arbitraire de notre classification. Les légumes ne forment pas un groupe cohérent : ils sont définis par leur usage en cuisine, généralement salé, et non par leurs caractéristiques biologiques.
Cette distinction floue a des implications bien au-delà de nos assiettes. Elle reflète la manière dont l’humain catégorise le monde pour simplifier sa compréhension, parfois au détriment de la rigueur scientifique. En remettant en cause cette notion, Moukheiber nous invite à questionner nos certitudes et à reconnaître que nos catégories sont souvent des constructions sociales.
Pourquoi cette distinction persiste-t-elle ? Parce qu’elle est pratique. Les légumes occupent une place centrale dans notre alimentation et notre imaginaire collectif. Ils symbolisent la santé, la simplicité, et sont souvent opposés aux fruits, associés au sucré et au dessert. Pourtant, cette opposition est artificielle. Elle influence nos habitudes alimentaires, nos recettes, et même nos politiques agricoles.
Cette réflexion dépasse le simple débat sémantique. Elle soulève une question plus large : combien d’autres catégories, que nous considérons comme naturelles, sont en réalité des inventions culturelles ? En prenant conscience de cette subjectivité, nous pouvons aborder notre alimentation avec plus de curiosité et de flexibilité.
Finalement, si les légumes n’existent pas en tant que tels, leur importance dans notre alimentation et notre culture, elle, est bien réelle. Peut-être est-il temps de savourer nos carottes, courgettes et épinards en sachant qu’ils n’ont de « légume » que le nom.
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