guerre contre l’Iran : pourquoi le pire est a venir ? Pascal Boniface

En mars 2026, le conflit entre Israël et l’Iran entre dans une phase critique, marquant un tournant dans la stabilité déjà fragile du Moyen-Orient. Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), a souvent mis en garde contre l’escalade des tensions dans cette région, soulignant que chaque nouvelle crise y est plus dangereuse que la précédente. La guerre actuelle, déclenchée par des frappes israéliennes et américaines contre l’Iran, illustre malheureusement ses craintes : le pire est peut-être encore à venir.

Un conflit aux racines profondes Les hostilités récentes s’inscrivent dans une logique de confrontation de longue date entre Israël et l’Iran, deux acteurs régionaux aux ambitions et aux idéologies opposées. Depuis des décennies, Téhéran soutient des groupes armés comme le Hezbollah au Liban ou le Hamas à Gaza, tandis qu’Israël, avec l’appui des États-Unis, cherche à contenir l’influence iranienne. L’attaque du 7 octobre 2023 par le Hamas, suivie de la guerre à Gaza, a encore exacerbé ces tensions. En 2026, l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei lors d’une frappe israélienne a marqué un point de non-retour, poussant l’Iran à riposter massivement. Pour Benjamin Netanyahu, cette guerre est une opportunité de redorer son blason politique, mis à mal par les critiques internes sur sa gestion du conflit à Gaza. Mais comme le souligne Boniface, une victoire militaire israélienne est loin d’être acquise, et une guerre prolongée risquerait d’épuiser Israël économiquement et moralement, sans garantir la sécurité à long termeAFP.

Les enjeux économiques et humanitaires Le conflit a des répercussions bien au-delà des frontières iraniennes et israéliennes. Le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour le pétrole et les engrais mondiaux, est désormais une zone à haut risque. Environ 33 % des engrais mondiaux transitent par ce détroit, et sa paralysie menace les chaînes d’approvisionnement alimentaire, notamment pour des pays comme l’Inde, la Chine ou le Brésil. Une flambée des prix des hydrocarbures et des denrées alimentaires est déjà observable, avec des conséquences dramatiques pour les populations les plus vulnérables, notamment en Afrique et au Moyen-Orient. Boniface a toujours insisté sur l’interdépendance des économies mondiales : une crise régionale peut rapidement devenir globale, surtout si les grandes puissances s’impliquent davantage.

Le risque d’une internationalisation du conflit L’un des scénarios les plus redoutés par les analystes, dont Boniface, est l’élargissement du conflit. Les États-Unis, déjà engagés aux côtés d’Israël, pourraient être entraînés dans une guerre plus large, tandis que la Russie et la Chine, alliées de l’Iran, pourraient renforcer leur soutien à Téhéran. Une telle escalade transformerait le Moyen-Orient en un champ de bataille proxy entre grandes puissances, avec des conséquences imprévisibles. Boniface rappelle que les guerres modernes ne se limitent plus à des affrontements militaires classiques : cyberattaques, désinformation et sanctions économiques deviennent des armes aussi redoutables que les missiles.

L’opinion publique, facteur clé En Israël, la tolérance pour une guerre longue et coûteuse est limitée. Les Israéliens, bien que résilients, sont épuisés par des années de conflits et de tensions sociales. Netanyahu mise sur une victoire rapide pour consolider son pouvoir, mais l’histoire montre que les guerres au Moyen-Orient ont rarement des issues nettes. Si le conflit s’enlise, la pression interne sur le gouvernement israélien pourrait devenir insoutenable, comme ce fut le cas après la guerre du Liban en 2006. À l’inverse, une victoire perçue comme incomplète pourrait aussi affaiblir Netanyahu, déjà fragilisé par les divisions politiques internes.

Vers une paix durable ? Pour Boniface, la seule issue réaliste passe par une solution diplomatique, aussi difficile soit-elle à imaginer aujourd’hui. Il plaide pour un retour à la table des négociations, impliquant non seulement Israël et l’Iran, mais aussi les acteurs régionaux comme l’Arabie saoudite et la Turquie. Cependant, dans un contexte de méfiance mutuelle et de radicalisation des positions, les perspectives de dialogue semblent lointaines. Le chercheur met en garde contre l’illusion d’une solution purement militaire : « La paix ne se gagne pas sur le champ de bataille, mais autour d’une table », une phrase qu’il a souvent répétée lors de ses interventions.

Conclusion : un avenir incertain La guerre contre l’Iran est un rappel brutal que les conflits au Moyen-Orient sont rarement circonscrits. Leurs répercussions se font sentir dans le monde entier, que ce soit à travers les marchés énergétiques, les flux migratoires ou la sécurité internationale. Pascal Boniface, avec son approche réaliste et humaniste, nous invite à regarder au-delà des discours belliqueux et à chercher des voies de désescalade. Sans cela, le pire — une guerre régionale généralisée — reste une menace bien réelle.

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