fascisme des USA jusqu’à la France : la grande submersion
L’histoire se répète, mais rarement de manière aussi flagrante qu’aujourd’hui. Alors que le monde semble s’enfoncer dans une ère de polarisation extrême, les États-Unis et la France, deux piliers de la démocratie occidentale, voient monter des courants autoritaires et identitaires qui rappellent les heures les plus sombres du XXe siècle. Le fascisme, qu’on croyait relégué aux livres d’histoire, refait surface sous des formes insidieuses, exploitant les peurs, les frustrations et les fractures sociales. Comment en est-on arrivé là ? Et surtout, comment éviter la « grande submersion » ?
L’Amérique, laboratoire du populisme moderne
Aux États-Unis, l’ascension de figures comme Donald Trump a marqué un tournant. Son discours, mêlant nationalisme, rejet des élites et culte de la personnalité, a réveillé des démons que beaucoup pensaient endormis. Les théories du complot, la diabolisation des médias, et la remise en cause des institutions démocratiques sont devenues des outils politiques banals. Le 6 janvier 2021, avec l’assaut du Capitole, a révélé au grand jour la fragilité de la démocratie américaine. Mais le phénomène ne se limite pas à Trump : des gouverneurs, des sénateurs et des influenceurs propagent une rhétorique de division, où l’ennemi n’est plus seulement l’adversaire politique, mais le citoyen qui ne pense pas comme soi.
Ce qui est frappant, c’est la rapidité avec laquelle ces idées se normalisent. Les réseaux sociaux, algorithmes à l’appui, amplifient les discours les plus extrêmes, créant des bulles où la raison cède le pas à l’émotion. Le « grand remplacement », théorie conspirationniste née en France, a traversé l’Atlantique pour devenir un slogan de campagne. Les États-Unis, autrefois perçus comme un rempart contre l’autoritarisme, sont désormais un terrain fertile pour les idéologies illibérales.
La France, miroir déformant
De l’autre côté de l’Atlantique, la France n’est pas épargnée. Le Rassemblement National, héritier du Front National, a su habiller ses vieilles recettes xénophobes en un discours « dédiabolisé », séduisant une partie croissante de l’électorat. Les thèmes de l’immigration, de l’insécurité et de la défense d’une identité nationale mythifiée dominent le débat public. Pire, ils contaminent les partis traditionnels, poussés à adopter un langage toujours plus dur pour ne pas perdre des voix.
La tentation autoritaire n’est plus marginale. Elle s’installe dans les esprits, portée par une défiance généralisée envers les médias, les experts et les institutions. Les gilets jaunes, mouvement initialement social, ont été récupérés par des groupes d’extrême droite. Les violences policières, les lois sécuritaires et la montée des discours anti-élites créent un climat propice à l’émergence d’un homme providentiel, capable de « sauver » le pays.
La grande submersion : un phénomène global
Ce qui se passe aux États-Unis et en France n’est pas isolé. En Hongrie, en Pologne, en Italie, et même en Allemagne, les partis d’extrême droite progressent. Partout, le même scénario se répète : exploitation des peurs économiques, instrumentalisation de l’identité nationale, et rejet de la complexité au profit de solutions simples et brutales.
La « grande submersion » n’est pas seulement une menace lointaine. Elle est déjà en marche, portée par une crise démocratique profonde. Les citoyens, désorientés par la mondialisation et les mutations technologiques, cherchent des réponses dans le passé. Le fascisme, sous ses nouvelles formes, promet un retour à l’ordre, à la grandeur perdue, à une société homogène et hiérarchisée.
Résister à la vague
Face à cette montée des extrêmes, la réponse ne peut être que collective. Il faut réinvestir dans l’éducation, la culture et le débat public. Les médias ont un rôle crucial à jouer : déconstruire les fake news, donner la parole aux experts, et refuser de tomber dans le piège du sensationnalisme. Les partis démocratiques doivent aussi se réinventer, en proposant des solutions concrètes aux angoisses des citoyens, sans céder à la tentation du repli.
La résistance passe aussi par la mémoire. Se souvenir des horreurs du fascisme, c’est se vacciner contre sa résurgence. Mais la mémoire ne suffit pas : il faut agir, ici et maintenant, pour défendre les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.
L’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais ses leçons sont claires. La démocratie n’est pas un acquis, mais un combat permanent. À nous de choisir : la submersion ou la résistance.
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